85. UA POU et NUKU HIVA BIS

Après nous être remis de nos émotions du Matavaa, nous quittons Hiva Oa pour Ua Pou.

Nous serons moins nombreux que lors de notre premier séjour (4-5 bateaux au début, et 2 le dernier jour) et nous ne sommes pas obligés de mettre notre 2ieme ancre. Le quai pour l’Aranui 5 est en train d’être agrandi, mais nous sommes entre Noël et jour de l’an et les travaux sont suspendus (c’est mieux pour le bruit et la poussière)

Nous retrouvons cette île et ses pics avec beaucoup de plaisir.

Les enfants sont en vacances, et Adrien se fait des copains sur la plage

Il réussit même à faire du va’a.

Nous retrouvons le vendeur de journaux, qui offre son wifi avec gentillesse, le vendeur de souvenirs qui grave des boules de tamanou (il nous en fera 2 spéciales pour nous dédicacées !J ).

Nous décidons de passer le réveillon avec les « locaux » : ils organisent une fête de fin d’année qui leur permettra de récolter des fonds pour envoyer l’équipe de foot locale (très douée parait-il) faire les championnats à Tahiti….

Nous avions un spectacle de danses en plus d’un très bon repas.

Puis nous retrouvons, avec plaisir, la danse de l’oiseau et la danse des guerriers vus au Matavaa…on ne s’en lasse pas.

Nous étions à la table d’un vieux monsieur qui malgré des Pb de santé (probablement une attaque) n’était que sourires et tenait à nous offrir des bières pour que la fête soit complète.

Nous voulions visiter l’île cette fois ci. Nous avons contacté Yvonne qui en plus d’avoir une licence de taxi est un sacré personnage. Elle nous emmène à Hohoi au sud-est de l’île.

Seulement 12km séparent Hohoi de Hakahau (où nous sommes) mais étant donné l’état de la piste, cela prend du temps…

Nous nous arrêtons en chemin sur un marae où c’est déroulé le Matavaa 2007. C’est un site archéologique enfouis sous la végétation. Cette zone jadis très peuplée, est devenue déserte suite à une épidémie de variole.

Malheureusement le site n’a pas été entretenu.

Yvonne nous parle, de sa vie, de ses (nombreux) enfants, petits enfants et arrières petits enfants. A part 2 de ses fils, ils sont tous parti à Tahiti pour travailler. Elle était institutrice et connait beaucoup de monde. Elle est partie en pension chez les sœurs à Hiva Oa. (Nous avons lu qu’à cette époque on envoyait les jeunes filles en pension à partir de 8-9 ans pour qu’elles ne se fassent pas violer !!!) Ce sont ces sœurs qui lui ont tout appris. L’école bien sûr mais pas seulement. Elles avaient un potager, des poules et il fallait aussi planter et entretenir tout cela. Elles vivaient en quasi autarcie. Elle connait les plantes qui peuvent remplacer le savon, faire sécher les feuilles de pandanus pour faire des paniers qui résiste mieux (de nos jours « ils ne les font même pas sécher, ils sont moins beaux, se conservent moins bien »), se passer d’engrais…

Elle raconte aussi que beaucoup étaient contre le Matavaa, le passé est le passé pourquoi le remuer ? Beaucoup ne voulaient pas raconter leur histoire parfois douloureuse ou transmettre leur savoir faire. (C’est un peuple qui vit beaucoup au présent, s’inquiète peu de l’avenir et on imagine que faire ressurgir le passé n’a pas toujours été facile). Elle-même aimerait que l’on oublie certains cotés : le super groupe de danseurs de Ua Pou finit parfois ses prestations au cri de « kakayé » (je l’écris phonétiquement). Cela veut dire « mangeurs d’hommes ». C’était une façon d’impressionner (seuls les chefs et les grands prêtres avaient le droit de manger de la chair humaine, cela restait exceptionnel), mais elle préfèrerait que l’on oublie cette partie là de l’histoire.

Nous arrivons à Hohoi (quelques maisons éparpillées dans la verdure) vers midi. Yvonne a amené une dizaine de baguettes de pain pour une cousine à elle. Elle nous avait prévu 2 paniers de fruits de son jardin pour faire une pose sur la plage. Mais elle y retrouve de vieilles connaissances et nous fait inviter au repas qu’ils font sur la plage. Poisson cru, crabe cru, salade de riz et popoi (fruit à pain mélangé à du lait de coco et fermenté…un peu trop fermenté pour nous, mais eux ils adorent). Ils nous accueillent tous avec beaucoup de gentillesse.

Yvonne se gave, et particulièrement de crabe qu’elle raffole. Elle nous explique qu’elle est allergique au crabe, mais comme une petite fille elle profite que son mari ne soit pas là pour s’empiffrer et tant pis pour les conséquences !

Pendant le repas 2 hommes jouent du ukulélé et chantent. On ne pouvait rêver plus authentique.

Ce qui fait la réputation de Hohoi est ses galets fleuris. On ne les trouve que dans deux endroits au monde : ici et au Brésil. Ce phonolite à la jolie couleur ambrée provient d’éruptions volcaniques, dont la cristallisation a pris la forme de fleurs aux reflets d’or. Martial part à la chasse au trésor sur la plage.

A mon grand étonnement, il en trouve 3 ! Nous laisserons le plus gros à nos hôtes qui sculptent des souvenirs.

Sur le chemin du retour Yvonne nous parle de ses 2 frères qui sont morts. A l’époque quand les enfants avaient des diarrhées on les privait d’eau (si ils en perdent tant c’est qu’ils en ont trop !) et ils mouraient rapidement de déshydratation. J’essaye d’imaginer la vie de l’époque, pour ces femmes. Elle ne semble pas avoir de nostalgie de sa jeunesse : période trop dure ? ou état d’esprit tourné vers le présent ?

Yvonne nous quitte en nous laissant les 2 paniers de fruits et des tas d’histoires de vies.

Martial voulait faire la traversière. C’est un chemin pédestre qui relie Hakatau où nous sommes à Hakahetau. Les guides indiquent 3h30 de marche, 2 cols à franchir mais surtout il nous faut une voiture pour le retour. Le grand spécialiste de cette ballade est Jérôme, ancien militaire, vers qui tout le monde nous envoi. Mais le contact ne m’a pas plût du tout : trop arrogant, sûr de lui, il se croit inévitable…et la ballade à trois revient trop cher.

Nous nous renseignons auprès d’Yvonne et pour 2 fois moins cher, elle nous déposera au début du sentier et nous récupèrera à Hakahetau. La ballade est agréable car quasiment constamment sous couvert végétal avec quelques points de vue.

Vers le milieu de la ballade, nous rattrapons Jérôme et son groupe. Au début il est un peu agacé : c’est lui le pompier sur Ua Pou et si il y a un Pb, c’est lui qu’on appellera…Puis il se calme, me (je suis le maillon faible) prodigue les conseils classiques. (Il faut bien souffler, bien boire). Il nous indique un point de vue, nomme par leur petit nom les pics, les deux grands guerriers invincibles de Ua Pou.

Il propose de rester avec lui, mais nous préférons notre liberté et nous lui faussons compagnie.

Nous sommes contents d’arriver à Hakahetau (moi avec un genou qui vieillit mal et Adrien avec des plaies liées à des chaussures neuves).

Sur le chemin de retour nous découvrons la côte nord ouest de l’île. Nous passons par la plage de Hakanai, appelée aussi baie des requins. Yvonne nous raconte qu’il lui est arrivé de voir depuis la route 4 à 5 requins, des raies…mais rien ce jour là.

Le paysage est différent, très sec. La côte est belle, très découpée, nous apercevons Nuku Hiva au loin.

Devant l’aéroport, il y a une grande plage de sable blanc où les locaux sont venus profiter des joies de la baignade en famille.

Quand je m’étonne que la route de l’aéroport ne soit pas cimentée, Yvonne nous explique qu’elle et sa famille sont propriétaires de cette immense zone. Le gouvernement veut racheter une partie (pour faire la route), elle est d’accord mais pas le reste de sa famille. C’est ainsi en Polynésie, les gens sont potentiellement très riches, mais la complexité des familles immobilise tout…mais c’est aussi ce qui fait que le pays reste authentique.

Nous redescendons sur Hakatau.

Nous quittons Yvonne avec encore un plein de fruits. Grâce à elle, nous connaissons un peu mieux son île magnifique et son histoire.

Nous quitterons Ua Pou et ses guerriers le lendemain, direction Nuku Hiva.

A notre arrivée à Nuku Hiva les flamboyants en fleurs : magnifiques.

Nous retrouvons le snack chez Henry, mais pas l’ambiance que nous avions connu. Il y a beaucoup de monde dans la rade (nous avons compté 70 bateaux !) et apparemment, il y a eu des indélicatesses de la part des plaisanciers.

Il fait très chaud et il pleuvra beaucoup, nous voyons apparaitre des cascades que nous n’avions jamais vues, l’eau devient chocolat.

Un après midi la foudre est tombée sur le bateau mouillé le plus proche, situé 50m derrière nous avec un bruit assourdissant. Sur l’instant nous sommes soulagés, tout fonctionne. Ce n’est que 2 jours plus tard que Martial se rends compte que notre électronique est touchée. L’anémomètre et l’AIS sont HS, le pilote et le sondeur fonctionnent d’une manière aléatoire. Mon capitaine a la bonne idée de débrancher les deux appareils en panne et récupère la fiabilité du sondeur et du pilote…trop fort! Nous pourrons redescendre ainsi jusqu’à Tahiti où se trouve l’expert de notre assurance.

Les pêcheurs locaux font de super pêches, ces loches ont été pêchées à 200m de fonds.

Les retours et ventes de pêche se font à la sortie des bateaux sur le quai, pas très loin de ce panneau (unique au monde ?).

Nous ferons 2 plongées (d’affilées) avec le club local. Nous sommes déçus car nous ne voyons pas grand-chose. Les murènes endémiques des Marquises ont un grand tatouage J qui va de leur œil à leur gueule.

Les oursins aussi m’intriguent, je n’en avais jamais vu de semblables.

En remontant, le moniteur me raconte qu’en Australie, ces mêmes oursins sont mortels (!!) mais ici ils sont inoffensifs (ouf car je n’ai pas pu m’empêcher de toucher). Je le regarde médusée. Quel incroyable coin du monde, où on a l’impression que tout est douceur : je vous ai déjà maintes fois parlé de la grande gentillesse des gens, les pamplemousses sont sucrés, les chiens ne sont jamais agressifs…et les oursins (mortels ailleurs) inoffensifs !

Nous ferons une 3ieme plongée, seuls en annexe, à la sortie de la baie, à la sentinelle Est, sans faire plus de rencontre mémorable.

Nous avons fait des petites ballades. Autour de la baie.

Et jusqu’à l’entrée de la baie (coté Est), d’où nous découvrons une vue magnifique sur la baie

Et sur l’extérieur

La pluie finit par se calmer et nous profitons du dernier jour de vent Nord Est (avant le rétablissement des alizés d’Est) pour aller à Ua Huka.

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