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68.PORTOBELLO

Nous quittons Panamarina bien décidés à passer THE canal au plus vite, mais le timing du canal nous impose une étape supplémentaire.

Après une petite matinée de navigation tranquille, nous arrivons à l’entrée du canal de Panama.

Depuis Gibraltar je n’avais pas revu autant d’AIS sur notre écran (pour les non marin l’AIS est un code donné à un bateau est qui permet de l’identifier et surtout de le repérer. Chaque petit triangle bleu est un bateau).

L’entrée du canal est protégée par deux énormes digues : les breaks water

Nous longeons à l’intérieur le break water ouest pour rejoindre Shelter Bay.

C’est dans cette marina que nous rejoint Eric Galvez l’agent que nous avons contacté pour nous aider à passer le canal. Nous l’appelons info info car c’est le titre de tous ses emails. Quelques photocopies, quelques papiers remplis plus tard, il nous explique les procédures. La première des opérations est le « mesurement » du bateau, fait par un agent officiel. Info info n’arrivera pas à nous avoir le rdv le lendemain(les bateaux commerciaux sont prioritaires), mais le surlendemain. L’avantage est que nous n’avons pas à nous déplacer, l’officier vient dans la marina.

La marina est assez chère (74$/nuit pour Ylang +l’électricité+wifi) mais l’eau est comprise dans le prix. Nous profitons de cette pause pour tout briquer « du sol au plafond ». Autre avantage de cette marina : un bus gratuit (2 fois par jour) qui vous emmène à Colon dans une zone commerciale. Une grosse demi-heure de route à l’aller, 1h et demi au retour : Colon est sur la rive opposée à Shelter Bay, nous devons traverser le canal. Au retour le pont est bloqué, nous devons laisser passer 2 cargos. Le bus nous fait passer au départ de la marina par une zone où il y a des bâtiments laissés à l’abandon, une ancienne piste d’aéroport, une sorte de cité fantôme. Il semblerait que cette zone appartiennent aux américains, qu’ils l’utilisaient pendant et après la construction du canal mais depuis leur départ…

Nous retrouvons dans la marina un certain nombre de bateaux rencontrés à Bonaire, et l’ambiance bon chic, bon genre très américaine contraste avec Panamarina.

Le jeudi en fin de matinée un inspecteur passe mesurer le bateau. Pour les bateaux de plaisance, il y a un prix pour tous les bateaux de moins de 15m et au-delà on change de tranche et de prix. Mais au-delà du prix, ils peaufinent leures mesures et leurs questions pour organiser le passage avec d’autres bateaux. Les bateaux de notre taille passent par deux voir par 3 de front comme nous le feront.

L’inspecteur remplira un nombre impressionnant de papiers (qu’il devra retranscrire sur un ordi l’après midi !! encore une administration bien organiséeJ ). Il nous fait des recommandations pour les pilotes que nous devons accueillir pour le canal : avez-vous des toilettes ?(non nous on fait comme les oiseaux, un peu partout sur le pont !!), de l’eau encapsulée ? et les repas, prévoir sandwichs pour les écluses montantes et petit dej et repas (rassasiant nous a-t-il demandé !!) pour le lendemain…heureusement nous avons fait des courses.

Il nous donne le N° d’identification qu’Ylang gardera toute sa carrière.

 

 

 

 

 

Malheureusement Info Info n’arrivera pas à nous avoir un rdv pour le vendredi, pour le passage du canal, mais seulement le mardi d’après.

Nous payons et nous décidons de retourner à Portobello que nous n’avions pas vraiment vu. La remontée face au vent fut un peu dure (Ylang n’aime pas trop le près et moi non plus !), mais nous jetons notre ancre avant la nuit dans une grande baie calme.

Portobello est en fait un site historique. C’est en 1572 que Sir Francis Drake est secrètement chargé par la reine d’Angleterre, Elisabeth Ier, de piller les ports espagnols de la mer des Caraïbes. Drake reçoit le commandement de deux navires. Arrivé sur les côtes de l’isthme de Panama, Drake incendie les cases en bambous et les toits de palmes de Nombre de Dios qui est à cette époque le site depuis lequel, l’or et l’argent des Amérindiens embarque sur les galions à destination de Séville. Drake, à la suite de cet assaut, retourne en Angleterre, auréolé de ses exploits de corsaire, car ses bateaux sont chargés d’or et d’argent espagnol.

La destruction totale de Nombre de Dios incite les Espagnols à trouver un meilleur abri pour leur port de commerce. Ils trouvent à quelques milles à l’ouest, la baie de Portobelo. Le site est choisi pour sa large baie, et ses eaux profondes. La rade peut accueillir plusieurs flottes de galions. Portobelo est plus facile à défendre contre les invasions étrangères.

En 1597, les travaux débutent et les premiers forts et batteries sont construits. Entre 1574 et 1702, 45 flottes de galions font escales à Portobelo. Chacun rapporte à la mère patrie une cargaison évaluée à 30 millions de pesos. Soit un milliard trois cent cinquante mille pesos en plus d’un siècle. Pas étonnant que ces sommes fassent tourner les têtes et attisent les convoitises des nations concurrentes.

Entre 1597 et 1739, Portobelo subira 7 assauts mémorables de piraterie.

En 1630, l’or, les pierres précieuses, l’argent, le bois, les denrées telles que les épices et le tabac excitent l’intérêt de l’état espagnol. Il édifie la casa de la Aduana. Les marchandises à destination des marchés européens transiteront par cette imposante bâtisse afin d’en calculer la taxe.(début des frais de douanes ?)


En 1668, le village connaît un essor considérable. Quatre cents familles y vivent en permanence. La population gonfle jusqu’à 8000 âmes lorsque marchands et notables espagnoles séjournent à Portobelo. Cette année-là, à l’intense trafic maritime se joint l’armada de Morgan. Avec 460 hommes, il met le village à feu et à sang, au passage il détruit complètement l’invincible fort San Felipe. Pour ses assauts victorieux, le flibustier Morgan est, en 1672, promu gouverneur de la Jamaïque.


Il ne reste plus grand-chose de ce fort, preuve de la violence des combats de l’époque, mais ce qui nous a impressionné ce sont les « pierres » taillées dans du corail.

D’où venait tout ce corail ? Combien de barrières coralliennes détruites ?

Nous faisons un détour par l’église, centre du village.

L’église  en elle-même n’a pas grand intérêt, mais elle abrite la star du coin « El Christo negro ». La légende dit que la statue fut récupérée en 1658 par des pêcheurs, dans une caisse jetée à la mer par des marins espagnols après une 6ème tentative pour sortir de cette baie en tempête… le christ noir ne semblait pas décidé à quitter les lieux ! Il aurait aussi protégé la ville de la terrible épidémie de choléra qui a décimé pratiquement toute la région en 1821, sauf… Portobelo !

 

Pour remercier le Christ noir, des processions ont lieu chaque année le 21 octobre. Un homme noir élu dans les rangs des chrétiens, j’avoue que l’idée me plait autant que la légende… La fête attire les Panaméens des quatre coins du pays, et ne passe pas inaperçue.

Le village en lui-même est pauvre, décrépit et sans grand intérêt.

A coté de l’église, un marché à molas.

Si la ville est décrépie, les gens sont pleins de vie donnant du charme à chacune de nos visites.

 

Portobelo reste un peu le repère de brigands gentils, des baroudeurs modernes, des babas cools égarés. On sent que certains bateaux sont là depuis longtemps. Nous discutons avec un baba cool anglais qui parle très bien français. (Il a pris des cours du soir avec une française nous explique-t- il …c’est le mieux pour apprendre). Il nous donne des infos sur les lieux, et grâce à lui nous partons en annexe à l’entrée de la baie dans un restaurant sur pilotis.

Il y a un ponton où on peut amarrer notre annexe, une vue magnifique sur la rade et nous y mangeons bien.

Après ce moment bien agréable, nous partons pour le fond de la rade. Il y a là 3 bras de rivière, et nous avons envie de jouer les « aventuriers ».

Au fond du premier bras nous trouvons un petit tunnel de mangrove.

Au bout une barque…qui nous fait penser que quelqu’un entretient ce tunnel, pour arriver à son terrain.

 

Nous avons relevé le moteur et nous progressons à la rame, car nous espérons surprendre des animaux…mais mes hommes font les zouaves et rient si fort que nous ne verrons rien, mais quel souvenir !

 

 

Le deuxième bras nous le remonterons à vive allure pendant une demi-heure. Ballade champêtre ou nous ne verrons que des oiseaux et…des vaches ! Les aventuriers en goguette…

Au retour la marée est basse et nous plantons l’annexe dans la vase, d’ailleurs les gens du coin rentrent à pieds !

Ce soir là en rentrant au bateau, nous voyons 2 dauphins évoluer tranquillement parmi les voiliers !!

 

La veille de notre passage du canal Marie-Noëlle et Didier nous rejoignent. L’organisation du canal nous demande d’être à bord 4 équipiers + le barreur, il nous manque donc 2 personnes. De leur coté Marie-Noëlle et Didier ont leur catamaran amarré pas loin d’Ylang à Panamarina, et vont rester en Atlantique mais rêvent de « faire l’expérience du canal ». J’avais déjà rencontré virtuellement Didier, qui m’avait gentiment donné des renseignements sur la Colombie et je suis ravie de les accueillir. Ils arrivent en début d’après midi et nous avons le temps d’aller visiter le Castillo San Fernando de l’autre coté de la baie, flanqué de ses deux batteries, celle du bas, munie de dix canons et celle du haut garnie de 6 canons.

C’est le mieux « conservé » parmi les ruines de Portobelo… La vue de la batterie du haut sur toute la baie est magnifique.

Nous partons ensuite explorer le bras de rivière que nous n’avions pas vu. A notre retour l’entrée du rio est fermée par un filet, heureusement les pêcheurs sont encore là et nous nous faufilons dans le passage qu’ils nous font avec beaucoup de sourires de part et d’autre.

Nous partirons le lendemain vers 7h, le canal n’attend pas !!

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