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66.SAN BLAS

 

Sur la route pour aller jusqu’aux San Blas nous avons battu des records de lenteur : houle, pas de vent, et nous avons contre nous 2noeuds de courant. Moyenne de 4 nœuds, des bourdons plein la tête du capitaine. Nous croisons en plus pas mal de troncs d’arbres, et finalement nous décidons de changer notre destination pour arriver de jour.

Au lieu de Cayos Hollandes nous atterrissons à Aridup.

Les voilà enfin ces petites îles couvertes de cocotiers tant attendues.

Aussitôt l’ancre crochetée, nous partons pour une petite visite.

Nous trouvons même, le cocotier couché sur la plage qui alimente toutes photos de pub d’agences de voyages.

Des pêcheurs nous vendent leur poisson, gentiment, et comme nous n’avons pas beaucoup de mots en commun nous échangeons des sourires.

Constitués de 36 îlots coralliens, dont seuls 60 sont habités, les San Blas sont situés sur la côte nord-est du Panama. Il compose, avec la bande côtière, la « comarca Kuna Yala« (terre des indiens Kuna qui ont pour singularité d’être de petite taille pour une fois je serais grande!J), territoire disposant d’une forte autonomie depuis la  guerre d’indépendance mené par sa population contre le Panama dans les années 1920. Les indiens Kunas ont maintenant des députés à l’assemblée nationale panaméenne.

Le lendemain nous partons pour Nargana à coté du Rio Diablo. Nous passons dans un dédale d’ilots avec des cartes souvent fausses…

La ville de Nargana, s’organise autour de petites cahuttes traditionnelles, sauvagement civilisée, croulant sous les ordures et les paraboles satellites… nous descendons à terre (malgré le regard réprobateur d’Adrien).

Le village n’est pas très engageant,  mais tranquille. Une génératrice tourne 24/24 et nous l’entendons du mouillage.

 

Ce sont 2 communautés Kuna sur 2 îles reliées par un pont.

 

Des enfants jouent, c’est la sortie de l’école.

Nous achetons des petits pains qui ressemblent aux pains brésiliens (en meilleur). Les habitants de ces deux villages ont décidé d’abandonner la façon de vivre traditionnelle. Du coup, à part deux vieilles dames, ils sont vêtus de manière occidentale (à mon grand regret). Il y a au centre du village un terrain de basquet et un match en cours.

Les toilettes sont des cabines sur pilotis reléguées sur des pontons de fortune en bord de mer avec un trou au milieu.

Nous ne passons pas inaperçus, et alors que nous traversions le pont un petit homme Frédérico nous aborde. Il parle anglais un peu mélangé à l’espagnol mais on arrive à se comprendre ! Nous faisons connaissance, et il se propose pour nous servir de guide pour remonter le Rio Diablo. Je suis ravie d’avoir un guide local que nous comprenons.

A notre retour sur Ylang Ylang, Frédérico vient nous rejoindre à bord.

Il nous montre le livre de son association : sa dernière fille est handicapée et il est devenu le représentant local de cette association d’handicapés.

Pour se protéger et protéger leur mode de vie, les Kunas se sont isolés mais du coup souffrent de consanguinité. D’après les statistiques, il y aurait chez les Kunas 1 albinos  pour 145 personnes (nous en avons croisé 2 dans le village).

Ensuite Frédérico nous demande notre guide nautique : il a aidé à la création de ce guide (!!) en donnant pas mal d’explications sur la région. Et effectivement, il y est recommandé de lui laisser nos poubelles : récolteur de poubelles labellisé par le guide !! Il faut dire que c’est un vrai problème dans la région. La mangrove devant nous est bordée d’un lit d’ordures de toutes sortes. Ils ont gardé l’habitude de tout jeter à la mer, comme avant l’apparition des plastiques. Frédérico nous explique que lui, il les trie, brule ce qu’il peut bruler, et stock dans un grand silo le reste…et après ? …pas clair. Nous apprendrons par la suite que l’état Panaméen ne paie plus les employés de la déchetterie et plus personne ne passe.

Frédérico nous parle de sa sœur : elle est mariée à un français ( !) et vit à Paris. Dans la tradition Kunas, un indien qui se marie avec un étranger est banni, mais lui parle de sa sœur avec fierté, tout en regrettant de ne pouvoir la voir plus souvent. Il a des amis américains, des français qui reviennent chaque année le voir… et tout d’un coup il regarde sa montre, il faut qu’il y aille c’est l’heure des « Noticias », le 20h local !! Nous aurions aimé voir la tête du David Pujadas Panaméen, mais notre TV ne comprend pas les canaux panaméens. L

Le lendemain nous avions rdv à 9h, mais il tombe des cordes, le tonnerre gronde. Vers 11H Frédérico arrive, nous demande des livres de poissons. A chaque fois qu’il prend un livre, il le regarde avec gourmandise et considération. Il prend ensuite une feuille de papier et calque le dessin…il cherche des idées de dessins de molas pour sa femme.

Les molas sont de véritables chefs-d’œuvre fabriqués par les femmes, un art traditionnel amérindien vieux d’un siècle. Ces étoffes de tissus colorées qui décorent les costumes traditionnels des femmes représentent les peintures qu’elles se dessinaient jadis sur le corps (les conquistadors auraient contraint les femmes à s’habiller et elles ont ainsi gardé leurs traditions intactes en cousant sur leurs robes des dessins qu’elles se peignaient sur le corps). Dans des couches superposées de tissus fins colorés, les femmes découpent des fentes pour faire apparaître la couche de tissu du dessous, et cousent l’ensemble de tout petits points créant des « panneaux » rectangulaires destinés à orner l’avant et l’arrière de leurs blouses traditionnelles.

Pour compléter leur tenue les femmes Kunas se parent de bracelets multicolores appelés Winnis, sur toute la longueur de leurs bras et de leurs jambes.

Les molas qui pour certaines peuvent être de vraies œuvres d’art, sont une source de revenus et se vendent beaucoup aux touristes de passage.

Martial aide Frédérico à dessiner ses poissons, moi je cuisine. Puis tout les deux ils échangent, des idées, papautent , finalement le repas est prêt, nous l’invitons à manger…il n’attendait que cela.

Pendant le repas, Frédérico ne parle plus, ne réponds quasiment plus à nos questions…je pense que le repas doit s’apprécier dans le silence dans la culture Kunas et que par moment nous avons été trop bavards. J’espère que nous ne l’avons pas choqué. Par contre à la fin de son plat, il avait un grand sourire, m’a félicité pour ma cuisine (je suis d’autant plus  honorée  que les Kunas ne sont pas de nature démonstrative) et pour notre piment ! (il en a tellement mis que nous avions peur qu’il ne puisse pas manger mais il a tout finit …un record!!) et s’en va dans sa pirogue sans attendre de dessert (une urgence?).

Le lendemain le temps s’est amélioré et nous partons pour la remontée du rio Diablo.

A la sortie de la rivière les alluvions se sont accumulés, et des troncs d’arbres sont plantés là.

Sans Frédérico nous ne serions peut être pas aventurés jusque là.

Dès le barrage passé, la rivière est calme et largement navigable.

Nous croisons pas mal de pirogues. Elles sont taillées d’un seul tenant dans des troncs d’arbres et manœuvrées à la pagaie ou à la voile. Les hommes partent à « El Monte » : le long de la rivière, ils cultivent des bananes, ananas, mangues, igname etc…et ils remplissent leurs bidons d’eau douce.

Apparemment ceux là sont des policiers…nous ne saurons pas pourquoi ils sont là…

Frédérico nous explique que ses grands parents vivaient le long des rivières et sont morts prématurément de malaria. C’est pour échapper aux moustiques (et à l’état Panaméen ?) que les Kunas sont partit vivre sur des îles.

Une aigrette bleue

Dans un virage, Frédérico pointe son doigt :

Il a finalement encore plus peur de nous que nous de lui.

Un peu plus haut l’annexe n’a plus assez d’eau pour passer, mais il en reste bien assez pour que l’on prenne un bon bain dans cette eau douce et fraiche.

Retour tranquille et slalom pour sortir de la rivière.

Frédérico nous explique que maintenant ils pompent l’eau en amont de la rivière et ils ont ainsi l’eau courante au village…les citernes sur les toits n’ont plus de raison d’être et pourrissent.

Au moment de se quitter Frédérico nous fait des cadeaux

Une petite pagaie pour Martial, une cuillère Kuna pour moi (taillée dans une calebasse) et des plumes pour Adrien. De notre coté nous lui avions donné un paquet de T-shirt enfants (pour sa fondation) et quelques objets qui nous étaient devenus inutiles, et nous l’avons payé pour sa ballade mais il ne nous a jamais rien demandé.

Ce fût une très belle rencontre que cet homme que nous garderons dans notre cœur. Malgré nos différances, il y eu un grand respect mutuel. Je pense que chez cet homme la fierté de montrer son monde (auquel des étrangers s’intéressent) dépasse largement l’envie de « faire de l’argent » sur le dos des touristes.

Nous partons en début d’après midi pour Coco Bandera. Là nous retrouvons les îlots carte postale et …pas mal de bateaux mouillés autour.

Pas assez de place pour mon capitaine, nous continuons notre route jusqu’à Cayo Holandes .

Nous nous faufilons derrière la barrière de corail pour nous mouiller au point n°1 entre Ukupsuit (à l’ouest) et Kalugirdup (à l’est) …des noms comme cela ça ne s’invente pas, ou alors un lendemain de cuite J.

Nous sommes seuls au monde, enfin presque : nous avons comme compagnons une nuée de Chitras. C’est le nom local pour les nonos/ yen yen sorte de moustique, en plus vicieux : ils ne se voient pas, ils ne font pas de bruit mais ils sont très nombreux et les piqures d’autant plus douloureuses. Seul avantage sur le moustique, il ne transmet pas de maladie.

Martial va vérifier les environs.

Le lendemain nous irons faire du snorkeling dans la passe. Les fonds sont décevants, mais sur le sable à l’abri du courant nous voyons un requin dormeur et deux raies aigles.

En milieu de journée nous nous déplaçons pour le mouillage de BBQ island (nommée ainsi car c’était une île déserte où les bateaux allaient y faire des BBQ) rebaptisé Turtle Island depuis qu’un Kuna a repris possession de l’îlot.

Il y a du monde au mouillage, mais nous sommes au vent de la mangrove, donc sans chitras…ouff !! nous pouvons souffler.

Martial part faire un tour en snorkeling : il revient avec des CD, une tondeuse à cheveux, une bouteille…c’est impressionnant les poubelles qui trainent dans les fonds, et visiblement il n’y a pas que les Kunas qui souillent la mer !!

L’îlot devant nous est magnifique. Un Kuna propose un repas, nous prenons rdv pour le lendemain 13h. Nous débarquons avec une grosse faim et une grande envie de manger à la façon Kuna.

L’endroit est super propre, et joliment décoré.

Il parait que sur beaucoup d’îlot les indiens creusent un petit puit, l’eau est filtrée, et permet la cuisine, ou la toilette.

Pour boire, il y a les cocos…

Les hommes s’occupent des cocoteraies. Les noix de coco sont vendues à des marchands colombiens sillonnant les îles.

Malheureusement pour notre déjeuner, notre poisson n’était toujours pas pêché, et donc rien n’était cuisiné… la surpêche pour fournir les touristes ne simplifie rien. Nous buvons un coca frais (il y a des petits panneaux solaires). Le cuisto. nous explique qu’il vient de la ville, qu’avant c’était son oncle qui s’occupait de cette île et qu’il avait décidé de prendre la suite. C’est un beau challenge, il le fait avec gout et nous lui souhaitons de réussir…

Il nous autorise gentiment à faire le tour du propriétaire. L’endroit est magnifique.

Nous retournons sur Ylang manger un gros plat de pates, après en avoir eu plein les yeux.

Le soir nous allons au mouillage n°3 entre Acuakargana et Waisaladup (ou la la !! ça s’arrange pas au niveau des noms J).

Le mouillage est profond et venté mais la nuit fût calme. Sur le trajet nous avons pût vérifier que la barrière de corail jouait son rôle de protection, mais n’est pas tendre avec les bateaux…

Le lendemain nous partons pour Lemon Cays

Plus nous nous rapprochons de Porvenir et plus cela devient touristique. Nous sommes samedi et nous l’apprendrons plus tard (à nos dépends) c’est un weekend férié, fête de l’indépendance face aux Espagnols. Les touristes affluent.

Vers midi, on repère vite les îles -restaurant

Il y a aussi des îles-hôtel

Il y a des bateaux qui viennent nous vendre des fruits et légumes (là je suis preneuse). Puis c’est Venancio qui en arrivant te tends sa carte de visite : maître en art Mola !!. C’est vrai qu’ils sont beaux ses molas, je me laisse impressionner par le travail de couture mais assez cher. Il m’embrouille sur les prix, mais à son retour le capitaine (partit nager) met un haut là, et finalement nous n’en achèterons qu’un (40$). Par endroits il ya 5 tissus superposés, cousus à la main, il parait qu’il faut 15 jours pour réaliser un mola comme celui là…

Nous avons du mal à trouver un mouillage, il y a des bateaux partout. Le dernier mouillage à Lemon Cays ouest se fait trop prés du bord mais heureusement un bateau s’en va avant qu’Ylang touche le fond. Nous passons une nuit, tranquilles à coté d’une version moderne de la hutte Kunas (ils ont gardé les hamacs !!)

Nous ferons un snorkeling tous les 3 à l’extérieur de la barrière de corail et revenons un peu déçus…l’endroit est visiblement très pêché/chassé, par contre nous sommes dans des nuées de tout petits poissons, et leurs mouvements synchronisés, en bancs me fascinent toujours autant….

Le lundi matin nous nous dirigeons vers Porvenir. Nous devons faire nos papiers d’entrée au Panama. La petite île a une piste et des petits avions arrivent directement de la capitale.

A l’entée du poste de douanes le drapeau Kunas, qui rappelle qu’ils ont été des guerriers…

Le douanier nous demande de patienter, il est déjà occupé avec un autre bateau. Nous allons faire un petit tour et nous voyons un homme qui tond le gazon à coups de serpette !!

Nous finissons par passer dans les bureaux. Tous les papiers se font à la main, les ordinateurs ne sont pas arrivés jusque là.

Les bureaux sont ouverts mais on est un jour férié, le gouvernement a eu la mauvaise idée (pour nous) de le déplacer du vendredi au lundi…cela va rajouter à la note déjà salée 40€. Nous payerons un peu plus de 700€(en cash la CB n’est pas arrivée non plus ici), encore mieux que la Colombie !!

Nous finissons la journée devant le village tout proche de Porvenir.

Là encore des barques essayent de tirer partie de notre présence. Une dame avec ses deux filles vient nous vendre des molas.

Je commence à dire non, mais elle me désarme en m’annonçant 5$ le mola presque aussi beau que celui de Venancio ! Du coup je lui en prends un et je fais un paquet de T-shirts que je lui donne  avec des petites boucles d’oreilles pour ses filles. Je suis gratifiée de sourires d’enfants qui n’ont pas l’habitude d’avoir des cadeaux futiles…

 

Notre séjour en pays Kuna s’achève. J’aurais aimé avoir plus de temps pour rencontrer, plus de Kunas , mieux les comprendre…Comme beaucoup je me demande quel est leur avenir ? Est ce que les sirènes du monde occidental auront raison d’un peuple que les conquistadors, n’ont pas réussit à vaincre ?

 

Nuedi est un mot important dans la langue Kuna, il veut dire Bonjour, mais aussi Merci…


 

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