92.MOPELIA

Il y a 3 atolls (Maupihaa, Scilly, Motu One) perdus à l’extrême ouest de la Polynésie et qui dépendent de Maupiti. Mopélia (Maupihaa en Polynésien) est situé à 100 milles (180km) de Maupiti. Ce sera notre prochaine escale, et nous partons vers 15h de Maupiti pour pouvoir être vers 7h devant la passe de Mopélia.

Le jour du départ de Maupiti, nous chargeons des paquets.

Finalement, il y en a moins que ce que j’attendais, mais « un cargo est passé la semaine dernière » et nous sommes 2 bateaux à partir et le second, Ratafia, en a pris une partie.

Marc de Ratafia nous a donné les waypoints (= points GPS pour les marins) pour la passe de Mopélia, car les cartes électroniques sont fausses. Et c’est vrai que les CM93 le sont :

 

Par prudence, nous avons 3 systèmes de cartes électroniques  différents: notre carte Isailor s’est révélée correcte, et nous n’avons pas allumé notre Cmap, trop occupés à regarder la passe. Suivant les conseils de Marc, nous arrivons vers 8h du matin, au moment où c’est le plus calme.

La passe de Maupihaa a autant     mauvaise réputation que celle de Maupiti, mais dans un genre différent.

 

Elle est dite dangereuse en raison sa largeur (20m) et de son courant : 3 nœuds quand on est passés à l’étale, mais cela peut aller parait-il jusqu’à 9noeuds ! Certains bateaux n’ont pas osé prendre la passe car ils ont dit avoir vu « un fleuve sortir » !!

Ce qui est impressionnant, est qu’on a l’impression que quelqu’un a taillé une tranchée dans le platier. La profondeur passe brutalement de 50cm sur le platier à une 20ene de mètres dans la passe.

Mais pour être honnête, pour nous ce fut assez facile.

 

Nous sommes accueillis par Jane de Ratafia via la VHF. Nous avons le soleil dans les yeux et nous les voyons à peine. Oui ! car la passe se traverse avec minimum 3 nœuds de courant contre, ET le soleil dans les yeux sinon ce n’est pas « fun » J. Elle nous rassure : dans l’atoll il n’y a pas de dangers.

Nous jetons l’ancre à coté d’eux au nord de l’atoll.

Dès notre arrivée Marcello et Albert viennent prendre livraison de leurs paquets et en profitent pour nous inviter à manger chez eux, chacun un soirJ. Mais ils ne sont pas les seuls à venir à notre rencontre : Jobi et Joba nous ont envoyé leurs cousins…

Le Pb est que ce sont des requins gris beaucoup moins fréquentables que les requins à pointes noires…nous faisons plus attention…

L’après midi, nous descendons à terre chez Marcello. Il vit là avec sa femme Adrienne et leurs deux filles. Voici l’équipe féminine avec Jane.

Ils nous offrent des noix de coco fraichement ouvertes en guise de verre de bienvenue. Marc nous explique que Marcello fait office de maire sur l’atoll. Il y a 18 personnes qui y vivent.

Ratafia est déjà venu de nombreuses fois et Marc et Marcello se retrouvent comme des vieux copains.

Marcello et ses filles ont divisé l’atoll en 78 parcelles de 200m de rivage sur la largeur de l’atoll. Une coopérative a été crée et chaque habitant de Maupiti qui le désire peut demander une parcelle pour y vivre et cultiver le coprah.

 

 

S’il y a eu des Pb de cohabitation dans le passé, aujourd’hui tout le monde semble vivre en harmonie, et l’atoll petit à petit se repeuple. Nous faisons une ballade le long de la plage où nous pouvons observer une lutte entre deux Bernard l’Hermite. Il faut dire que le plus gros avait la plus petite coquille et il trouvait cela très injuste J

En rentrant Marc nous offre du poisson : il a péché 2 gros thons en arrivant sur Mopélia !!

Le lendemain nous partons pour faire du snorkeling dans la passe. Nous passerons un bon moment : les coraux sont encore en bon état, nous voyons pas mal de requins pointe noire, un requin gris, une tortue et un énorme thazard. Ce n’est pas du niveau de la passe de Fakarava sud mais c’était agréable, avec un courant de plus en plus difficile à gérer au fur et à mesure que nous approchions de la sortie.

Nous reprenons l’annexe et nous sortons. Martial et Adrien feront quelques brasses sur le platier externe dans une eau cristalline avec une visibilité vertigineuse.

Le soir nous dinons chez Albert, dont la maison est située au sud de celle de Marcello. Le menu est digne des plus grands restaurants : langoustes grillées

 

 

 

Salade de poisson cru, salade de concombres (qui poussent sur l’atoll !) avec des œufs de sternes, poulet grillé.

Pieds dans le sable et vue mer imprenable : on est des rois !

Il y a un motu pas très loin de la passe où se rassemblent beaucoup d’oiseaux et c’est là qu’ils vont chercher les œufs de sternes. Le gout est très proche du gout des œufs de poule, je pensais qu’ils auraient un peu plus de différence, plus de goût de poisson.

Marc nous explique que pour avoir des œufs de sterne, il faut : délimiter un périmètre, jeter tous les œufs qui s’y trouvent et revenir 2 à 3 jours plus tard : les oiseaux pondent à nouveau un œuf qui est forcement frais… pas très sympa pour les oiseaux mais efficace.

Jane et moi avions fait des gâteaux, que nos hôtes ont beaucoup appréciés.

Un cousin d’Albert est arrivé en « poti marara » ( barque de pêche polynésienne de 7 à 8 m d’envergure avec manche à balai en guise de barre de gouvernail et moteur de 300ch inboard ) de Maupiti (5H pour faire 100 miles !!) dans l’après midi. Il a péché un énorme thazard de 40kg !! Le poisson sera partagé entre tout le monde et nous aurons une grosse part. Mais ce n’est pas tout : nous repartons les bras chargés de langoustes et de salade de poisson dont nous nous sommes régalés pendant 2 jours ! Quel accueil ! Quelle gentillesse !!

Le lendemain nous faisons une ballade sur l’atoll.

Il y a une route et quelques véhicules qui leur permettent de transporter les cocos et aller d’un bout à l’autre de l’atoll. Nous croisons Hio le fils de Marcello et Adrienne.

C’est un très bon mécanicien, il a eu une formation de mécanicien de marine et rend beaucoup de services sur l’atoll.

Il part réparer un groupe au sud.

Chacun a à cœur d’aménager son petit coin

Nous passons par la maison de Ferdinand (nous avions croisé sa femme restée à Maupiti pour se faire soigner ses dents). Elle est faite de tôles, rustique mais avec une certaine recherche d’esthétique. Un tronc quelques palmes et vous avez un endroit idéal pour prendre le frais face à la merJ.

Sur notre retour Ferdinand nous a préparé un énorme sac de cocos décortiqués, prêts à boire. Cela fait qu’un an qu’il habite ici et déjà sa parcelle est accueillante !

Nous retournons chez Albert où nous avions laissé notre annexe. Lui habite là depuis plus longtemps et sa maison –chambre est plus « sophistiquée » (la cuisine est dehors et le salon-salle à manger est sur son bord de plageJ)

Il a même fait une petite case-chambre pour ses invités

Il nous offre un énorme carton de délicieuses papayes qui nous accompagnerons pendant toute la prochaine traversée.

Le soir nous partons dîner chez Marcello. Ils ont invité aussi un bateau anglais qui est arrivé le matin même. Le menu tout aussi délicieux : thazard grillé, poisson cru à la chinoise, bénitiers au curry, manioc, riz et gâteaux faits par les bateaux. L’accueil est très chaleureux, beaucoup de discussions, nous passons une excellente soirée.

Après le repas Adrienne nous offre des colliers de coquillages, qu’elle et ses filles ont confectionnés. Elle nous explique même où elles ont trouvé chaque type de coquillages.

Là aussi nous repartons avec des morceaux de thazard, du poisson cru chinois et du bénitier.

Marc nous confit que Marcello veut que Mopélia retrouve le légendaire accueil polynésien : pour nous en tous les cas c’est gagné ! Nous sommes extrêmement touchés.

Le lendemain, nous descendons voir Marcello et Adrienne.

Ils nous expliquent qu’une trentaine de bateaux passent chaque année devant chez eux et nous montrent fièrement leurs deux livres d’or (qu’ils connaissent presque par cœur !). Nous y laisserons une trace de notre passage.

Nous parlons aussi de leur vie : Marcello a eu une entreprise, a beaucoup travaillé avec du stress. Il pesait 150 kg et a fait une attaque. Comme il s’en est sortit, il a décidé de reprendre une vie plus saine. Leurs enfants ont tous fait des études. Mais ils préfèrent vivre là, car « ils sont libres, et n’ont pas un patron sur le dos ».

L’après midi nous avons une visite : un fou reste une bonne heure en notre compagnie.

 

Martial essaye en vain de lui donner à manger avec une cuillère et à la tête de l’oiseau je me dis que l’expression « une poule et une fourchette » aurait pu être « un fou et une cuillère» J

Le soir c’est Marc et Jane qui viennent prendre l’apéro. Marc a fêté ses 4 fois 20 ans (comme il dit) et il est incroyable de vitalité et de bonne humeur et Jane n’est pas en reste. Ils sont arrivés il y a 17 ans en Polynésie et n’en sont jamais repartit. « Il faut dire que c’est un beau bassin de jeux !» Ils ont tant d’histoires à nous raconter…

Une qui m’a marquée : avant à Mopélia on mangeait les tortues…comme vous j’ai toujours pensé que ce n’était pas bien… oui mais : ils allaient chercher les bébés tortues sur la plage en sauvaient beaucoup plus que ce que la nature permet habituellement. Ensuite ils élevaient ces bébés pendant un an, les nourrissaient et quand ils étaient devenus assez grands et forts, ils les relâchaient à l’extérieur du lagon (à l’intérieur les tortues seraient revenues). Bilan : ils en mangeaient une centaine mais en sauvaient 300 chaque année. Un jour les gendarmes sont venus sur l’atoll, ont vu les cages et ont tout détruit, avec menace de grosses amendes si ils recommençaient. Depuis il y a beaucoup moins de tortues….cela fait réfléchir la protectrice des animaux que je suis !

Le lendemain nous partons pour le mouillage sud. Sur la route nous croisons un champ de bouées qui servaient à une ferme perlière et qui ont été abandonnées.

Les couleurs claquent et tout dégouline de lumière.

 

 

Nous partons nous promener aussitôt.

Nous croisons Albert qui est venu rendre visite à son copain…papautages…

 

C’est la Polynésie comme on la rêve : sable blanc, cocotiers, eau turquoise

 

Décors de carte postale

 

Nous retournons le soir au mouillage du nord où Ratafia nous donne la météo grâce à sa BLU. Moi qui pensais que c’était un système obsolète je commence à réviser mon jugement : le téléphone satellite coute (très) cher, les communications BLU sont plus limitées mais gratuites. D’autre part Jane communique tous les jours avec un réseau de Blueurs : infos et convivialité en prime…

Malheureusement le temps tourne et nous devons partir…Nous rendons une dernière visite à Marcello. Martial lui a offert une ancre (trouvée en plongée qui ne nous est pas utile), il est content et nous explique pourquoi : il cherche à devenir pêcheur professionnel, pas pour vendre du poisson, mais pour avoir du gazole détaxé. Il est déjà propriétaire d’un speedboat à Maupiti. L’autonomie pour retourner vers la « civilisation » serait accessible pour lui et tous ceux de Mopélia. Mais pour devenir professionnel, il doit passer un examen (il va à Papeete le mois prochain) de sécurité, brevet de secourisme et son bateau doit être correctement équipé. Il est ravi, cette ancre lui manquait. Nous espérons du fond du cœur qu’il réussira dans son projet.

Il est temps pour nous de reprendre la route, Mopélia restera dans nos cœurs comme un dernier cadeau que nous fait la Polynésie avant notre départ. Nous la quittons après 18 mois, où nous avons été éblouis par les paysages, envoutés par la culture et le sens artistique des gens. S’il n’est pas toujours facile d’arriver dans ces îles, il est encore plus difficile d’en partir tant la gentillesse, la générosité et l’hospitalité des habitants (la palme pour nous revenant à Mopélia J) nous invitent à nous y sentir bien. Notre cœur est un peu comme notre drapeau…déchiré J.

 

Après la passe je ne peux m’empêcher de me retourner, dernières photos…

 

 

C’est sûr Mopélia restera dans nos cœurs.

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