86.UA HUKA

Nous quittons Nuku Hiva avec le dernier souffle de Nord Ouest avant l’arrivée des alizés d’Est. Des dauphins « à bec étroit » nous escortent à la pointe sud-est de Nuku Hiva et nous accueillent à Ua Huka (à 25 milles, soit 50km environ, à l’est de Nuku Hiva).

Je suis toujours fascinée par ces animaux, mais ceux là ont le bout du rostre tout blanc (comme si ils l’avaient trempé dans un pot de peinture !) et le ventre rose et cela me donne encore plus envie d’aller jouer avec eux…

Nous passons la nuit dans la baie de Haavei et au matin nous sommes envahis sur le bateau par les nonos.

 

N’écoutant que notre courage…nous fuyonsJ. Nous passons entre l’île aux oiseaux et la terre.

L’île aux oiseaux est une île toute plate où viennent nicher des sternes. C’est une réserve et seuls les habitants ont le droit de venir de temps en temps y prélever des œufs. Dégustés en omelette (au gout poisson ?), ils sont un met très apprécié.

Ces deux îlots sont spectaculaires, l’un est blanc et l’autre est rouge. La deuxième île est aussi appelée « île du chien couché »…c’est à ce moment là que j’ai compris pourquoi !

 

Nous nous dirigeons vers Vaipaee (chef lieu de l’île), appelée aussi baie invisible, car difficile à trouver en venant du large.

 

 

La baie est une échancrure très profonde et étroite, mesurant prés d’1 km. Lorsque l’Aranui y pénètre, il manœuvre dans un mouchoir de poche et s’amarre aux parois avec des aussières.

 

Le fond de la baie semble désert, avec quelques bâtiments vides. Nous restons un petit moment à observer deux pêcheurs en kayac : ils jettent une ligne remplie d’hameçons et presque instantanément ils remontent un poisson ! Incroyable, ils n’arrêtent pas !

Nous avions compris que le village était assez éloigné (nous verrons par la suite qu’il est accessible), nous continuons donc notre route vers Hane.

Comme il a beaucoup plu ces derniers jours, l’île est verte et les couleurs sont magnifiques.

Mais elle est réputée être la plus sèche et la plus désertique des Marquises.

La baie de Hane est protégée à son entrée par un imposant ilot lui donnant un caractère particulier (pain de sucre de Rio ?).

Il n’y a pas de quai, de la houle rentre et la descente en annexe sera souvent sportive et humide.

Hane, un des 3 villages de l’île, compte 150 âmes (Hokatu 150 pers. et sur la totalité de l’île 620 pers.). C’est un village paisible et aéré. Les panneaux de signalisation sont fabriqués localement.

A la descente de l’annexe nous sommes accueillis :

Ua Huka est été appelée « l’île aux chevaux », mais en raison d’une sécheresse, une grande partie des troupeaux qui vivaient en semi liberté a été décimé.

 

Il est agréable de se promener dans ce village, qui déborde de fruits (pamplemousses, cocos, mangues, citrons, oranges, fruit à pain…)

Ici pas de feux tricolores, pas de radar, mais la seule chose qu’il manque vraiment est un panneau « attention chute de cocos »

 

 

Nous mangerons dans LE restaurant du village : sashimi-crudités, viande et légumes, fruits le tout arrosé de citronnade et en prime nous repartons avec un gros sac de fruits.

Mais c’était aussi une façon de rentrer en contact avec les gens. La restauratrice nous indique un site archéologique au dessus du village. Nous décidons d’y monter juste après le repas pour « compenser » un peu.

Le sentier est bordé de manguiers et cocotiers. C’est la saison des mangues et beaucoup pourrissent à terre.

 

 

Je ne sais pas si cela est lié mais plus nous montons plus nous subissons une attaque (assez) violente de moustiques, malgré les répulsifs ! Adrien et moi rebroussons chemin, seul Martial courageux, ira voir les Tikis (en tuf rouge de plus d’un mètre)

et la vue sur le mouillage

Nous sommes aussi partis au village voisin Hokatu par la route (à 4km à l’est de Hane).

Arrivés au village, à la première maison, nous sommes abordés par une femme qui se propose de nous ouvrir le centre artisanal (Elle en est la responsable). En attendant qu’elle se prépare, nous admirons la pirogue qu’elle conserve sous sa maison.

Elle a été construite pour le Matavaa de 1999 de Nuku Hiva et 7 hommes ont rallié Ua Huka à la baie de Taiohae avec ! Chaque détail a été travaillé et malgré son « grand » âge elle est magnifique.

Après cela nous découvrons le centre artisanal. Je suis impressionnée par le niveau de qualité et d’authenticité des objets dans ce village du bout du monde.

Bols de « kava », boisson fermentée locale.

Ils plantaient ce pic en bois dans le fruit à pain pour accélérer la fermentation, et la porcelaine servait d’épluche légume !

Les herminettes servaient à creuser la terre.

Les casses têtes étaient des armes…aussi efficaces que la batte de base ball ?

Mais la particularité de cette île est le tiki à trompe d’éléphant.

Notre « hôtesse » nous raconte son histoire : ce n’est pas un nez d’éléphant qu’il a, mais une queue de baleine ! Les pêcheurs l’emmenaient sur leur barque et quand le tiki tombait à l’eau, c’est que l’endroit était idéal pour la pêche. Ensuite, tout naturellement le tiki rentrait (à la nage ?) au village et on le retrouvait sur la plage ! (il devait être fort le kava de l’époqueJ)

Nous aurons une autre version qui me semble plus vraisemblable. Quelqu’un serait né avec une malformation au niveau du nez. Et à l’époque, les gens différents étaient soit traités comme des moins que rien, soit on leur attribuait des pouvoirs surnaturels. Et ce Tiki représente peut être (personne ne sait avec certitude d’où il vient) quelqu’un qui a sût transformer une malformation en force.

Celui-ci est une commande municipale réalisée par un sculpteur de Hane.

Il y a énormément de sculpteurs sur cette île et ils organisent tous les ans un concours sur un objet ancestral.

Notre hôtesse nous dit que cette année le concours portera sur le bâton du chef. Seuls les chefs en possédaient, il représentait la connaissance et était transmis à la personne qui avait acquis cette connaissance et allait devenir le chef. Nous l’avions vu au Matavaa sans savoir ce qu’il représentait.

Ce bâton sculpté était surmonté d’une touffe de cheveux prit sur les ennemis vaincus, aujourd’hui remplacé par du crin de cheval.

Ce que ce guerrier tient dans sa main droite est une flute à nez : cet instrument se joue en soufflant avec une narine !

Notre hôtesse nous explique qu’elle apprend aux autres femmes du village comment tresser des paniers, des chapeaux. Elle nous montre une très vieille machine à coudre et là aussi elle essaye de transmettre son savoir de la couture. Je décide donc de lui offrir ma machine à coudre (qui ne marche plus très bien depuis qu’elle a pris feu) que j’échange contre un plat à fruits. Nous sommes toutes les deux ravies.

Derrière la maison de l’artisanat, des femmes jouent au loto le dimanche.

juste devant la rivière

où viennent boire les chevaux

Après avoir traversé le village, nous allons voir des piscines naturelles.

 

Le « port » naturel.

Du coté terre, Hokatu est adossé aux parois de l’ancien volcan.

De retour à Hane nous nous arrêtons à la roulotte pizza de Franck et Stéphanie. Nous réservons pour le soir, car tous les bateaux de la rade (on est maintenant 4 catamarans) se sont donnés rdv pour y manger.

Jean Yves le sculpteur du tiki géant joue du ukulélé devant la roulotte et mes hommes prendrons leur premier cours.

La soirée fût mémorable, car en plus des voileux, sont arrivés des locaux déjà bien allumés et sans l’aide de Franck et Stéphanie je ne suis pas sûre que l’on s’en serait sortit sans Pb.

Franck accepte de nous faire visiter l’île. Nous suivons la route le long de la côte vers Vaipaee.

Nous faisons une pose devant l’aéroport pour regarder atterrir l’avion qui vient de Nuku Hiva.

Ils sont reliés à Nuku Hiva et Hiva Oa, 4 fois par semaine. Franck nous arrête à Vaipaee chez un fabricant de ukulélé.

C’est un homme passionné et ses instruments sont de vraies œuvres d’art. Martial ne sait plus lequel choisir et finalement craque pour celui qui a le plus de bois différents, sculpté de croix marquisiennes.

Mais en discutant, nous apprenons que notre fabriquant de ukulélés est aussi un producteur de pamplemousses : il en expédie plus d’une tonne par mois à Tahiti et ce toute l’année.

En bonne citadine, je m’étonne : il n’y a pas de saison pour les pamplemousses ? Il nous explique, qu’il a divisé son terrain en 4 parties et « fait souffrir » (cad n’arrose plus) ses parcelles à tour de rôle, reproduisant ainsi les saisons (humides et sèches) naturelles. Il nous explique aussi qu’il a planté des citronniers au milieu des pamplemoussiers et laisse pourrir à terre une partie de ses citrons. L’acidité qu’ils libèrent, éloignent les bêtes et lui évite tout produit chimique. C’est ainsi qu’il peut avoir des pamplemousses toute l’année, sans produits chimiques (= bio ?). Il s’occupe de ses champs le matin et fait de l’artisanat l’après midi. J’admire son équilibre de vie.

Son seul Pb est que ses enfants attirés par les sirènes de la modernité, n’arrivent pas vraiment à lui emboiter le pas, mais ne trouvent pas non plus leur place dans la vie moderne des villes.

Nous visitons ensuite l’église de Vaipaee, décorée de magnifiques sculptures en bois et de fleurs.

Puis petite visite au musée local, qui renferme des merveilles. Pour certaines elles sont d’époque et trouvées dans les vallées, comme ces boucles d’oreilles et ce peigne à cheveux

Mais aussi des objets contemporains, lauréats des concours d’artisanat : des petites merveilles.

Un lance pierre, tissé en fibre de coco.

Cette année là, le concours portait sur les échasses.

Là ce sont des bols (d’origine) servant à conserver les aliments (ancêtre du Tupperware ?J)

Le bol de droite est une vraie dentelle, sculptée dans une noix de coco !

Gauguin écrivait en 1938 dans une de ses lettres : « chez le Marquisien surtout, il y a un sens inouï de la décoration. Donnez lui un objet de formes géométriques quelconques, il parviendra, le tout harmonieusement, à ne laisser aucun vide choquant et disparate.»

Le dessous de ce plat illustre très bien ce qu’il dit : encore une merveille!

 

Entre Vaipaee et l’aéroport sur le retour nous nous arrêtons à l’arboretum. Créé en 1995, il s’étends sur 17 hectares sur lesquels ont été plantées plusieurs centaines d’espèces d’agrumes et d’arbres fruitiers, provenant du monde entier. L’objectif était de sélectionner les variétés qui s’adaptent au sol polynésien, pour donner des perspectives à l’agriculture locale. On y trouve plusieurs variétés de pamplemousses, de citrons, d’oranges, de pomelos (hybride entre pamplemousse et mandarine), des manguiers etc…

Il leur est interdit de vendre leur production et donc chaque visiteur peut repartir avec des paniers pleins de fruits.

Ici même les caramboles, que je pensais ne servaient qu’à la décoration, sont délicieusement sucrées et juteuses.

Coté arbres, des tecks, des cèdres, du santal, et même un baobab minuscule. Franck est imbattable sur les bois, il faut dire qu’à ses heures perdues il est (très bon) sculpteur.

 

Malheureusement, les crédits sont en chute et de 10 salariés, ils sont passés à 4. Du coup l’entretien et l’avenir de cet arboretum sont plus aléatoires.

Sur la route, Franck nous parle de sa vie : c’est un Frani (= un français) arrivé il y a 25ans à Tahiti. Séparé de sa première femme, il rencontre Stéphanie à Papeete. Mais même à Papeete, la vie moderne plombe le quotidien : boulot, transport (il y a des bouchons à Papeete !), dodo. Ils décident donc, il y a 3 ans, de partir pour Ua Huka d’où est originaire Stéphanie. Franck nous parle des ses difficultés de s’intégrer : d’après lui les locaux sont adorables avec les gens de passage comme nous (je confirme) mais c’est beaucoup plus dur si on veut s’implanter, qu’en plus on a kidnappé une fille du pays, et que l’on ne veut pas d’enfant (Franck en à déjà de sa première union). D’après lui, les postes sont donnés plus par copinage qu’en fonction des compétences. Et il ne trouve pas de travail.

Leur roulotte de pizzas ne fonctionne pas assez, et ils la ramènent dans leur jardin (pas très loin de Vaipaee) pour éviter des frais de déplacement et espèrent capter une plus grosse clientèle.

Pour le Matavaa 2013, un tohua a été reconstitué au dessus de l’aéroport. Pour de nombreuses raisons pratiques, c’était trop compliqué d’utiliser un des nombreux sites qui existent dans les vallées. Ils en ont donc recréé un, qui a l’avantage d’avoir une vue magnifique sur la mer via l’aéroport.

 

L’entrée est gardée par leur tiki,

 

Mais ici l’artiste lui a donné une forme de baleine.

La tribune d’honneur

Sous les abris, les poteaux sont tous sculptés.

Le tout est décoré avec les cadeaux laissés par les autres îles. Ce tiki fait à peu prés un mètre de haut.

Nous inviterons Franck et Stéphanie à passer la soirée à bord. Super moment d’échanges et de rires.

Grâce à eux nous comprenons un peu mieux, les richesses et les difficultés marquisiennes. Un grand merci à tous les deux pour votre acceuil.

A Hane, il y a aussi un centre artisanal, adossé à un petit musée maritime intéressant. Martial y achètera une pipe faite de bois et d’os

Le lendemain le Taporo arrive.

 

Le déchargement des marchandises à terre est « sportif ». La barge se maintient le nez sur un pan incliné, pour décharger, mais la houle vient heurter et chahuter son arrière.

 

Ua Huka est la dernière île habitée des Marquises indemne de rats noirs. Elle sert donc de refuge au Lori ultramarin et au Monarque, deux espèces d’oiseaux endémiques des Marquises présentes uniquement sur cette île.

Geoffray Sulpice et sa sœur Hinapootu sont chargés de la surveillance des quais de Ua Huka pour prévenir l’invasion de cette île par les rats noirs.

 

 

L’association qui s’occupe des oiseaux a envoyé sur l’île un chien et un maitre chien pour les former. Franck nous raconte que la veille de la formation, Geoffray s’est désisté. C’est donc lui que l’on a appelé à la dernière minute (Franck a deux gros chiens qui sont bien éduqués et tout le monde le sait). Il a suivit la formation, mais n’a pas le droit de s’en servir…seule Hinapootu officie !

Quand je demande, pourquoi son frère s’est désisté à la dernière minute, Stéphanie me répond que les hommes marquisiens sont très susceptibles sur leur virilité. Pas question pour eux de se promener avec un petit chien (celui qui renifle les sacs sur la photo ci-dessus) qui, en plus, est une femelle !!

Martial avait rencontré Hinapootu, sur le quai un jour. Celle-ci lui avait interdit de jeter nos poubelles, de peur que nous jetions des rats noirs !! Il faudrait que quelqu’un lui explique que depuis le 18ieme siècle les bateaux ont changés…et que notre bateau-maison, n’est pas un cargo, qui charge des caisses qui trainent longtemps sur des quais ou dans des hangars, et ne peut héberger des rats de quelque sorte que ce soit…

C’est à ce moment là que je mesure le fossé qui nous sépare…

Nous avons fait une plongée coté ouest du motu Hane. La vie est riche mais nous ne ferons pas de rencontres magiques.

 

Nous quitterons Ua Huka après quelques jours de vent de sud qui rend le mouillage agité. Le vent finit par revenir Est, nous permettant une route Sud-Est vers Fatu Hiva.

Ua Huka qui est peut visitée (mouillages pas toujours confortables), aura été une merveilleuse découverte, riche et authentique.

 

Les malheurs d’hier, le dépeuplement, l’isolement, la difficulté du développement due au relief sont devenus paradoxalement des atouts pour ces îles. La surpopulation, la pollution, le « bétonnage » généralisé ont ici beaucoup de « retard ». J’espère que le Marquisien du prochain millénaire saura profiter de cette chance, garder son originalité, son authenticité et protéger la beauté sauvage du FENUA (= le pays)

 

 

 

 

 

 

 

85. UA POU et NUKU HIVA BIS

Après nous être remis de nos émotions du Matavaa, nous quittons Hiva Oa pour Ua Pou.

Nous serons moins nombreux que lors de notre premier séjour (4-5 bateaux au début, et 2 le dernier jour) et nous ne sommes pas obligés de mettre notre 2ieme ancre. Le quai pour l’Aranui 5 est en train d’être agrandi, mais nous sommes entre Noël et jour de l’an et les travaux sont suspendus (c’est mieux pour le bruit et la poussière)

Nous retrouvons cette île et ses pics avec beaucoup de plaisir.

Les enfants sont en vacances, et Adrien se fait des copains sur la plage

Il réussit même à faire du va’a.

Nous retrouvons le vendeur de journaux, qui offre son wifi avec gentillesse, le vendeur de souvenirs qui grave des boules de tamanou (il nous en fera 2 spéciales pour nous dédicacées !J ).

Nous décidons de passer le réveillon avec les « locaux » : ils organisent une fête de fin d’année qui leur permettra de récolter des fonds pour envoyer l’équipe de foot locale (très douée parait-il) faire les championnats à Tahiti….

Nous avions un spectacle de danses en plus d’un très bon repas.

Puis nous retrouvons, avec plaisir, la danse de l’oiseau et la danse des guerriers vus au Matavaa…on ne s’en lasse pas.

Nous étions à la table d’un vieux monsieur qui malgré des Pb de santé (probablement une attaque) n’était que sourires et tenait à nous offrir des bières pour que la fête soit complète.

Nous voulions visiter l’île cette fois ci. Nous avons contacté Yvonne qui en plus d’avoir une licence de taxi est un sacré personnage. Elle nous emmène à Hohoi au sud-est de l’île.

Seulement 12km séparent Hohoi de Hakahau (où nous sommes) mais étant donné l’état de la piste, cela prend du temps…

Nous nous arrêtons en chemin sur un marae où c’est déroulé le Matavaa 2007. C’est un site archéologique enfouis sous la végétation. Cette zone jadis très peuplée, est devenue déserte suite à une épidémie de variole.

Malheureusement le site n’a pas été entretenu.

Yvonne nous parle, de sa vie, de ses (nombreux) enfants, petits enfants et arrières petits enfants. A part 2 de ses fils, ils sont tous parti à Tahiti pour travailler. Elle était institutrice et connait beaucoup de monde. Elle est partie en pension chez les sœurs à Hiva Oa. (Nous avons lu qu’à cette époque on envoyait les jeunes filles en pension à partir de 8-9 ans pour qu’elles ne se fassent pas violer !!!) Ce sont ces sœurs qui lui ont tout appris. L’école bien sûr mais pas seulement. Elles avaient un potager, des poules et il fallait aussi planter et entretenir tout cela. Elles vivaient en quasi autarcie. Elle connait les plantes qui peuvent remplacer le savon, faire sécher les feuilles de pandanus pour faire des paniers qui résiste mieux (de nos jours « ils ne les font même pas sécher, ils sont moins beaux, se conservent moins bien »), se passer d’engrais…

Elle raconte aussi que beaucoup étaient contre le Matavaa, le passé est le passé pourquoi le remuer ? Beaucoup ne voulaient pas raconter leur histoire parfois douloureuse ou transmettre leur savoir faire. (C’est un peuple qui vit beaucoup au présent, s’inquiète peu de l’avenir et on imagine que faire ressurgir le passé n’a pas toujours été facile). Elle-même aimerait que l’on oublie certains cotés : le super groupe de danseurs de Ua Pou finit parfois ses prestations au cri de « kakayé » (je l’écris phonétiquement). Cela veut dire « mangeurs d’hommes ». C’était une façon d’impressionner (seuls les chefs et les grands prêtres avaient le droit de manger de la chair humaine, cela restait exceptionnel), mais elle préfèrerait que l’on oublie cette partie là de l’histoire.

Nous arrivons à Hohoi (quelques maisons éparpillées dans la verdure) vers midi. Yvonne a amené une dizaine de baguettes de pain pour une cousine à elle. Elle nous avait prévu 2 paniers de fruits de son jardin pour faire une pose sur la plage. Mais elle y retrouve de vieilles connaissances et nous fait inviter au repas qu’ils font sur la plage. Poisson cru, crabe cru, salade de riz et popoi (fruit à pain mélangé à du lait de coco et fermenté…un peu trop fermenté pour nous, mais eux ils adorent). Ils nous accueillent tous avec beaucoup de gentillesse.

Yvonne se gave, et particulièrement de crabe qu’elle raffole. Elle nous explique qu’elle est allergique au crabe, mais comme une petite fille elle profite que son mari ne soit pas là pour s’empiffrer et tant pis pour les conséquences !

Pendant le repas 2 hommes jouent du ukulélé et chantent. On ne pouvait rêver plus authentique.

Ce qui fait la réputation de Hohoi est ses galets fleuris. On ne les trouve que dans deux endroits au monde : ici et au Brésil. Ce phonolite à la jolie couleur ambrée provient d’éruptions volcaniques, dont la cristallisation a pris la forme de fleurs aux reflets d’or. Martial part à la chasse au trésor sur la plage.

A mon grand étonnement, il en trouve 3 ! Nous laisserons le plus gros à nos hôtes qui sculptent des souvenirs.

Sur le chemin du retour Yvonne nous parle de ses 2 frères qui sont morts. A l’époque quand les enfants avaient des diarrhées on les privait d’eau (si ils en perdent tant c’est qu’ils en ont trop !) et ils mouraient rapidement de déshydratation. J’essaye d’imaginer la vie de l’époque, pour ces femmes. Elle ne semble pas avoir de nostalgie de sa jeunesse : période trop dure ? ou état d’esprit tourné vers le présent ?

Yvonne nous quitte en nous laissant les 2 paniers de fruits et des tas d’histoires de vies.

Martial voulait faire la traversière. C’est un chemin pédestre qui relie Hakatau où nous sommes à Hakahetau. Les guides indiquent 3h30 de marche, 2 cols à franchir mais surtout il nous faut une voiture pour le retour. Le grand spécialiste de cette ballade est Jérôme, ancien militaire, vers qui tout le monde nous envoi. Mais le contact ne m’a pas plût du tout : trop arrogant, sûr de lui, il se croit inévitable…et la ballade à trois revient trop cher.

Nous nous renseignons auprès d’Yvonne et pour 2 fois moins cher, elle nous déposera au début du sentier et nous récupèrera à Hakahetau. La ballade est agréable car quasiment constamment sous couvert végétal avec quelques points de vue.

Vers le milieu de la ballade, nous rattrapons Jérôme et son groupe. Au début il est un peu agacé : c’est lui le pompier sur Ua Pou et si il y a un Pb, c’est lui qu’on appellera…Puis il se calme, me (je suis le maillon faible) prodigue les conseils classiques. (Il faut bien souffler, bien boire). Il nous indique un point de vue, nomme par leur petit nom les pics, les deux grands guerriers invincibles de Ua Pou.

Il propose de rester avec lui, mais nous préférons notre liberté et nous lui faussons compagnie.

Nous sommes contents d’arriver à Hakahetau (moi avec un genou qui vieillit mal et Adrien avec des plaies liées à des chaussures neuves).

Sur le chemin de retour nous découvrons la côte nord ouest de l’île. Nous passons par la plage de Hakanai, appelée aussi baie des requins. Yvonne nous raconte qu’il lui est arrivé de voir depuis la route 4 à 5 requins, des raies…mais rien ce jour là.

Le paysage est différent, très sec. La côte est belle, très découpée, nous apercevons Nuku Hiva au loin.

Devant l’aéroport, il y a une grande plage de sable blanc où les locaux sont venus profiter des joies de la baignade en famille.

Quand je m’étonne que la route de l’aéroport ne soit pas cimentée, Yvonne nous explique qu’elle et sa famille sont propriétaires de cette immense zone. Le gouvernement veut racheter une partie (pour faire la route), elle est d’accord mais pas le reste de sa famille. C’est ainsi en Polynésie, les gens sont potentiellement très riches, mais la complexité des familles immobilise tout…mais c’est aussi ce qui fait que le pays reste authentique.

Nous redescendons sur Hakatau.

Nous quittons Yvonne avec encore un plein de fruits. Grâce à elle, nous connaissons un peu mieux son île magnifique et son histoire.

Nous quitterons Ua Pou et ses guerriers le lendemain, direction Nuku Hiva.

A notre arrivée à Nuku Hiva les flamboyants en fleurs : magnifiques.

Nous retrouvons le snack chez Henry, mais pas l’ambiance que nous avions connu. Il y a beaucoup de monde dans la rade (nous avons compté 70 bateaux !) et apparemment, il y a eu des indélicatesses de la part des plaisanciers.

Il fait très chaud et il pleuvra beaucoup, nous voyons apparaitre des cascades que nous n’avions jamais vues, l’eau devient chocolat.

Un après midi la foudre est tombée sur le bateau mouillé le plus proche, situé 50m derrière nous avec un bruit assourdissant. Sur l’instant nous sommes soulagés, tout fonctionne. Ce n’est que 2 jours plus tard que Martial se rends compte que notre électronique est touchée. L’anémomètre et l’AIS sont HS, le pilote et le sondeur fonctionnent d’une manière aléatoire. Mon capitaine a la bonne idée de débrancher les deux appareils en panne et récupère la fiabilité du sondeur et du pilote…trop fort! Nous pourrons redescendre ainsi jusqu’à Tahiti où se trouve l’expert de notre assurance.

Les pêcheurs locaux font de super pêches, ces loches ont été pêchées à 200m de fonds.

Les retours et ventes de pêche se font à la sortie des bateaux sur le quai, pas très loin de ce panneau (unique au monde ?).

Nous ferons 2 plongées (d’affilées) avec le club local. Nous sommes déçus car nous ne voyons pas grand-chose. Les murènes endémiques des Marquises ont un grand tatouage J qui va de leur œil à leur gueule.

Les oursins aussi m’intriguent, je n’en avais jamais vu de semblables.

En remontant, le moniteur me raconte qu’en Australie, ces mêmes oursins sont mortels (!!) mais ici ils sont inoffensifs (ouf car je n’ai pas pu m’empêcher de toucher). Je le regarde médusée. Quel incroyable coin du monde, où on a l’impression que tout est douceur : je vous ai déjà maintes fois parlé de la grande gentillesse des gens, les pamplemousses sont sucrés, les chiens ne sont jamais agressifs…et les oursins (mortels ailleurs) inoffensifs !

Nous ferons une 3ieme plongée, seuls en annexe, à la sortie de la baie, à la sentinelle Est, sans faire plus de rencontre mémorable.

Nous avons fait des petites ballades. Autour de la baie.

Et jusqu’à l’entrée de la baie (coté Est), d’où nous découvrons une vue magnifique sur la baie

Et sur l’extérieur

La pluie finit par se calmer et nous profitons du dernier jour de vent Nord Est (avant le rétablissement des alizés d’Est) pour aller à Ua Huka.

84. LE MATAVAA

Le Matavaa est le nom marquisien du festival des arts.

 

Matavaa o te Fenua Enata, littéralement l’éveil de la terre des hommes fût le thème du premier festival organisé à Ua Pou en 1986. L’objectif de ce festival est de réactiver la mémoire collective, de sauvegarder et promouvoir la culture locale par des démonstrations variées : danses, chants, sports traditionnels, préparations culinaires, tatouages, artisanat…

Evénement de première importance, le festival témoigne de la vitalité retrouvée de la culture marquisienne.

Nous arrivons à Hiva Oa une dizaine de jours avant le festival, et il y a déjà beaucoup de monde dans le port. Nous finissons par trouver une place, juste pour nous.

Nous étions plus d’une cinquantaine de bateaux dans toute la rade…jamais Hiva Oa n’avait vu autant de bateaux ! Heureusement pour nous le temps fût clément et tout s’est bien passé. Les bateaux avaient sortit leur grand pavois (série de drapeaux hissé en tête de mat) et le tout avait un air festif. Nous sommes très contents et excités d’être là.

Deux jours avant le festival commencent les arrivées des premières délégations (groupes venant d’autres îles).

 

 

 

Les bateaux (dont certains de l’armée) sont trop gros pour rentrer dans le port. Les gens et le matériel sont déchargés avec un balai incessant de baleinières.

Chaque arrivée est fêtée.

On souffle dans des conques ou des trompes de bois sculptées.

Ils ont installé des Pa’u (gros tambours)

Il y a même quelqu’un (en bas à gauche sur la photo) qui tape sur des bambous …et ça lui va bienJ.

Le code couleur est celles du drapeau marquisien : blanc-jaune-rouge

 

Les danses de bienvenue sont faites essentiellement par les enfants d’Hiva Oa.

Le second jour, à 6h de matin l’Aranui 5 arrive. Toutes les délégations sont sur le quai pour l’accueillir.

L’Aranui est un cargo mixte (passagers et marchandises). C’est la première fois que celui là (le 5, plus gros que le précédent) arrive à Hiva Oa. Il y a un peu de tensions dans l’air au moment de son « créneau ».

Une ancre est jetée, les amarres portées à terre et le bateau se tire latéralement sur ses amarres, pour se mettre à quai. Tout se passe bien.

On est au complet !! la population d’Hiva Oa est triplée pendant les 4 jours du festival !

La veille du début du festival, Hiva Oa avait organisé une soirée BBQ pour les plaisanciers sur le quai. Ils nous expliquent l’organisation pratique (ils ont mis au point un système de navettes, bus et voitures pour accompagner les plaisanciers au village distant de 4km du port ce qui est sympathique et attentionné), mais pas seulement : ils nous expliquent la philosophie de ce festival.

Toti qui est à l’origine de ces Matavaa, prends la parole : aujourd’hui à la retraite, il a fait ses études à Tahiti et a souffert d’un certain mépris des tahitiens (et plus largement du monde de l’époque) vis-à-vis des marquisiens. Ils se faisaient traiter de « mangeurs d’hommes ». Mais lui était fier de sa culture, beaucoup plus riche que ce que pensaient les gens. Il faut dire que cette culture a failli se perdre à cause des colons qui avaient interdit à peu près tout ce qui touchait aux traditions locales : le paréo, le tatouage, les bouquets parfumés, les couronnes de fleurs dans les cheveux, les danses, le tambour, les chants autres que cantiques…

Toti était professeur et en rentrant sur son île (Ua Pou), il a tout fait pour que renaisse sa culture, créant en 1979 une association culturelle Motu Haka (le rassemblement) qui s’occupe de ces festivals, et réussit à introduire la langue marquisienne à l’école.

Le Matavaa a été conçu non pas dans un but touristique et commercial (tout est gratuit) mais pour que toutes les îles marquisiennes puissent se rencontrer, retrouver et échanger des morceaux de leur culture. Cela se passe en décembre, car la mer est calme (les gens peuvent voyager sans Pb), les enfants sont en vacances (les délégations peuvent ainsi loger dans les écoles et les pensionnats) et c’est la pleine saison du fruit à pain, ce qui permet de nourrir tout le monde !

Il y a un festival tous les 4 ans sur une des 3 plus grande îles (Nuku Hiva, Ua Pou, Hiva Oa) et entre deux, un festival sur les îles plus petites avec donc moins de monde qui peut se déplacer. C’est le 10ieme festival et nous mesurons la chance que nous avons d’être là et de pouvoir assister à un tel événement.

Le thème cette année est « retour aux fondamentaux ».

La cérémonie d’ouverture en début d’après midi se trouve sur le stade de foot. Les groupes sont prêts et patientent.

3 guerriers font un tour de stade au galop, ils montent comme souvent aux marquises, sans selle ! Le festival peut commencer….

Puis les délégations défilent façon cérémonie d’ouverture des jeux olympiques…avec une petite différence sur les costumes J

 

 

 

 


En plus des 6 îles marquisiennes habitées, étaient présents plusieurs groupes qui venaient de Tahiti (j’ai découvert à cette occasion qu’il y a autant de marquisiens à Tahiti que sur toutes les Marquises…vaste Pb d’exode rurale…) Rikitea (Gambier)

 

et les Rapa Nui (= île de Pâques. On pense que l’île de Pâques a été peuplée à partir des Marquises) très charismatiques.

S’en suit un long moment de bénédictions, discours (le président de la Polynésie s’est déplacé pour l’occasion) et de remerciements où tout le monde s’ennui un peu …

 

 

Enfin les premières danses commencent…

 

FILM OUVERTURE MATAVAA


La suite des festivités se passent au Tohua Pepeu. Le Tohua est une aire pavée close par des terrasses supportant des abris où pouvaient avoir lieu des représentations collectives (danses, jeux…). Ils avaient démarré la construction de celle-ci en Mars lors de notre dernier séjour.

 

Les danses reprennent mais je suis aussi en admiration devant les costumes. Ils sont faits essentiellement avec des végétaux. Chaque danseur doit réaliser lui même son costume avec des instructions précises (le savoir faire se transmet ainsi). Les costumes sont confectionnés sur chaque île et transportés avec quelques feuilles de rechange « au cas où »

Certains y rajoutent des éléments de coquetterie. Le Kumu hei est un petit bouquet parfumé. Il est surnommé « filtre d’amour » pour son odeur suave et sucrée qui aurait des vertus aphrodisiaques…

 

Une autre spécialité est le Tapa. Il était en voie de disparition, mais grâce aux mamas de Fatu Hiva cette technique se transmet et revit sur les autres îles. Jusqu’à l’arrivée des occidentaux au 18 siècle, les polynésiens ne disposaient pas d’étoffe pour s’habiller. Ils confectionnaient des tapas (étoffes non tissées) à partir de l’écorce d’arbre à pain, de banian, de murier. La teinte du tapa varie en fonction du bois employé, du blanc écru au marron clair.

Les écorces des jeunes troncs sont fendues et décollées du bois. Elles sont ensuite trempées dans l’eau pour les assouplir. On râpe ensuite la couche externe avec un coquillage. Les lamelles d’écorces d’une largeur de 15cm environ, sont étalées sur une enclume de pierre. Avec un battoir (en bois de fer), les mamas martèlent plusieurs heures durant l’écorce qui s’amincit et s’élargit progressivement.

La collecte du bois était du ressort des hommes, la préparation du tapa proprement dit incombait aux femmes.

Les accessoires sont essentiellement faits de graines et de plumes pour les femmes, d’os sculpté, dents de cochon et cornes de chèvre pour les hommes.

 

 

 

Une autre chose qui m’a frappée est la grande générosité qui transparait dans les équipes de danses. Rapa Nui mis à part (équipe probablement professionnelle formées de top modèles) ils sont très tolérants sur l’esthétique et cela rends les gens beaux.

 

Les enfants et ados participent souvent aux danses des adultes et ils tiennent très bien la chorégraphie. La notion de transmission est importante.

 

 

 

 

 

 

 

Nuku Hiva a même un groupe d’enfants.

 

 

 

Ils démarrent même très très jeune…

 

 

Ces 2 ados vont exécuter une très belle danse de l’oiseau. Leurs costumes sont de vraies œuvres d’art (éphémères !) , que la maman qui les a réalisés viendra expliquer au micro.

 

A l’inverse il y avait un guerrier de 70 ans qui dansait avec les jeunes…fascinant. Ils l’ont interviewé pour lui demander le secret de sa forme : il marche beaucoup sur son île Ua Pou.

 

 

 

Autre exemple de générosité : le second jour il y avait un « Kaikai Katahi » , un repas communautaire.

Chaque île avait préparé sa spécialité, le tout était présenté sur des grands plats

 

Tout est entièrement gratuit (!!) et le seul impératif est qu’il faut avoir de la vaisselle naturelle (1/2 noix de coco, feuille de bananier ou bambou coupé en deux)

 

Adrien était revigoré après ce repas….

 

Entre deux danses nous allions visiter le village des artisans : il y a beaucoup de très bons sculpteurs (bois, os, pierres…) aux Marquises et leur artisanat est réputé.

 

 

Le tohua (sorte de salle de spectacle en plein air où nous étions) était décoré par d’impressionnantes sculptures en pierres. Certaines avaient été faites sur places

mais la tradition veut que chaque île offre à l’île qui les accueille un cadeau qui sera dévoilé au cours d’une danse.

 

 

Les Rapa Nui (Ile de Pâques) venus en avion, ont sculpté leur œuvre à partir d’un arbre, sur place en 3 jours !

 

 

FILM RAPA NUI

 

 

A coté il y avait des démonstrations de tatouages traditionnels.

Le savoir faire et le talent des tatoueurs marquisiens sont reconnus dans tout le pacifique et même au-delà (certains sont installés en France)

Dans la manière traditionnelle, ils utilisent une sorte de peigne, qu’ils viennent frapper avec une baguette pour que le contact avec la peau se fasse.

 

Les enfants nous ont fait une démonstration de jeux traditionnels : courses de pirogues

3 par « pirogues », ils doivent éviter les dauphins (jeunes femmes sensées freiner leur course) et courir vite…

Rigolade assurée.

Film COURSE DE PIROGUES

 

Il y a eu aussi une course d’échasses.

 

Mais place aux danses.

Ce que j’ai particulièrement aimé, est que dans ces danses les hommes ont une place importante et ne sont pas des faires valoir de danseuses.

 

FILM DANSES DE GUERRIERS

 

Ces danses racontent une histoire qui est commentée en marquisien …tout à fait hermétique pour nous. Mais nous avons compris certaines grâce à la chorégraphie.

Il y eu la construction d’un meae (nom marquisien du marae). Il s’agit d’un site religieux bâtis à partir de pierres, juxtaposées et empilées. Le meae est l’enceinte sacrée par excellence.

 

FILM CONSTRUCTION D’UN MARAE


En 1774, lors du passage de Cook, la population des Marquises est estimée à 50000 personnes. (Aujourd’hui on compte au denier recensement 9000 !). Les clans étaient regroupés dans les vallées, et évidemment il y avait des bagarres d’une vallée à l’autre.

 

FILM GUERRES MARQUISIENNES.

 

A la fin du XVIII siècle arrivent les missionnaires protestants et catholiques, et cela marque la fin des pratiques et croyances traditionnelles. Mais cela ne s’est pas passé sans heurs.

 

FILM REJET DU CHRISTIANISME

 

 

 

 

 

 

 

Mais les danses racontent aussi leur quotidien…la séduction, sujet universel

 

FILM DANSES DE SEDUCTION

 

Le Hakamanu, ou danse de l’oiseau, originellement dansé par une vierge ou en attente de mariage, par les jeunes filles de la classe supérieure du clan. Célère la jeunesse, la relation amoureuse.

FILM DANSE DE L’OISEAU


Mais lors de mariages de chefs, ou autre grands événements, les clans de plusieurs vallées, voir plusieurs îles étaient conviés pour de grandes festivités (comme pour ce festival auquel nous assistons). Le matavaa se finit par des danses où toutes les délégations (ou presque) participent, une grande allégresse en bouquet final.



 

Ce festival nous a fatigués (et on a même pas dansé). J’ai pris un coup de chaud et j’ai finit au dispensaire avec les chevilles gonflées et 39.5°C. Double punition pour moi : je n’ai pas vu le bouquet final et prescription d’antibiotiques.

Martial lui, a des piqures de nonos qui se sont infectées, donc antibiotiques car ici les antibiotiques c’est automatiques L.

Malgré ces désagréments ce Matavaa restera un moment fort de notre voyage et les chants, musiques, images, danses resteront à tout jamais dans nos têtes et nos cœurs.

Merci aux organisateurs qui en plus d’un spectacle unique, nous ont permis de comprendre un peu mieux leur histoire et leur magnifique culture.

 

 

 

 

 

 

75. UA POU

Nous quittons Nuku Hiva pour Ua Pou, île des Marquises, située à 26 Milles (50 Km environ) au sud. Partis dans la matinée nous arrivons tranquillement l’après midi face à une île qui me fait penser à un château de contes de fées. Sur son socle volcanique, Ua Pou a 12 pitons de basalte de plus de 1000m qui ont des allures de donjons.

Les nuages qui sont accrochés presque en permanence lui donnent un air mystérieux.

Nous sommes à Hakahau, chef lieu de l’île, au nord est.

C’est un village paisible, au bord d’une jolie baie où le soir venu des pirogues font du surf dans les vagues.

Nous y trouvons une superette très bien achalandée (mieux qu’à Nuku Hiva !), un snack où nous avons très bien mangé et une coopérative qui tient lieu de marché.

Tous les 4 ans a lieu dans une des 3 îles principales (Nuku Hiva, Hiva Oa et Ua Pou) le « festival des îles Marquises ». Pendant 5 jours en Décembre, le festival a pour objectif de réactiver la mémoire collective et à sauvegarder la culture locale : danses, chants, sports traditionnels, préparations culinaires, artisanat. Chaque festival donne aussi lieu à des restaurations de sites archéologiques. La première édition a eu lieu en 1987 à Ua Pou. Estrosi (oui le même que nous avons à Nice !) alors ministre de l’outre mer était présent et l’île a eu des subventions pour refaire la mairie et l’école maternelle. Ils ont refait l’école maternelle, plus en hauteur (la région est sujette aux tsunamis) et du coup l’ancienne est devenue un centre de vie. On y trouve un centre artisanal, la coopérative et une petite librairie.

Nous mangerons plusieurs fois à la coopérative : genre de buffet où le plat coute 500 CFP soit 4€ ! et en plus c’est bon ! C’est la sœur d’Henri (de Nuku Hiva) qui nous accueille. La librairie voisine diffuse un wifi gratuit, ce qui fait que tous les marins s’attardent à table. Le libraire a suivi sa femme marquisienne, mais lui vient de Nice (le monde est petit !).

Je me suis attardée au centre artisanal.

En plus des sculptures sur bois et basaltes traditionnelles aux Marquises, la « spécialité » de Ua Pou est le caillou fleuri.

 

Ce sont des phonolites d’origine volcanique, dont la cristallisation prend la forme de fleurs aux reflets d’or. On ne trouve ces pierres que dans 2 endroits au monde : au Brésil et à Ua Pou. Je n’ai pas pu résister… J

Le lendemain nous voyons arriver Layang un bateau aluminium avec à bord Bernard, Viviane et leur fils Vasco. Nous avons en commun (en plus d’une annexe jauneJ) de venir de la Réunion. Du coup, échange d’apéros, où l’on parle créole, Réunion, voyages et bateau évidemment. Nous avions projeté de faire le tour de l’île ensemble, mais le mauvais temps nous a découragé. Ce sont eux qui nous indiquent la prochaine messe du dimanche à ne pas rater !

Le Dimanche suivant, malgré la pluie nous nous dirigeons vers l’église.

C’est le jour où les jeunes font leur communion.

Les gens se sont habillés pour la circonstance : les couleurs dominantes sont celles du drapeau marquisien, blanc, rouge et jaune pour les vêtements et fleurs dans les cheveux.

Les couronnes des femmes rivalisent de beauté et d’originalité, de vraies œuvres d’art.

 

Les mamans et leur fille ont des couronnes assorties.

L’église est décorée de bouquets, dignes des plus grands fleuristes.

Chaque communiant reçoit une petite figurine sculptée.

Cette remise donne lieu à des danses tahitiennes.

 

Le tout au son des tambours installés au milieu de l’église.

 

Tout est joyeux, coloré, enjoué.

A la fin de la cérémonie, après une photo des communiants devant le parvis, on leur offre un cadeau.

Une démonstration de hakka.

 

Ce fut un spectacle (pour nous), un moment de vie (pour eux) touchant et d’un grand sens esthétique.

Ils poussent d’ailleurs le sens de l’esthétique à chaque instant de leur vie quotidienne. En Polynésie la monnaie est le francs CFP et les billets ont des thèmes. Ils sont facilement identifiables et beaux.



 

 

Les Marquises sont le royaume du tatouage : tous les marquisiens, hommes ou femme, en ont. Certains « tatouent » même leur voiture.

 

 

Nous profitons d’un jour de beau temps pour grimper jusqu’à une croix qui domine la baie où nous sommes mouillés

et celle d’à coté plus sauvage.

 

 

Le vent est pas mal monté, mais nous nous sommes bien abrités au fond de notre baie. Par contre elle se remplie de plus en plus : les bateaux arrivent des baies voisines moins bien abritées et personne ne sort attendant un temps plus clément. Cela devient compliqué, nous sommes tous sur 2 ancres pour éviter de tourner sur son voisin. Certains dérapent, se replacent. Le point d’orgue est le jour de l’arrivée de l’Aranui (cargo ravitailleur) : il faut dégager de la place, pour qu’il puisse manœuvrer. Heureusement le vent a la bonne idée de baisser un peu, certains en profitent pour partir et nous assistons à un jeu de chaises musicales entre les bateaux qui cherchent une meilleure place. A l’arrivée du cargo tout le monde est correctement ancré, et nous sommes aux premières loges pour admirer une manœuvre millimétrée et bien rodée.

Mise à l’eau des chaloupes à l’entrée du port

Ce sont elles qui vont porter les amarres à terre

S’en suit un moment d’animation : des marchandises sont déchargées, des fruits sont chargés, des passagers (il fait aussi croisière) se baladent.

C’est là en descendant de l’annexe, que je tombe à l’eau et que je noie mon appareil photo : snif ! malgré tous mes efforts pour le réanimer, il refuse de s’allumer. Je reprends mon ancien appareil, mais du coup pour le préserver, je ne ferais pas de photos sous marines…juste avant les atolls des Tuamotus…

Nous partons le lendemain pour Hakahetau au nord ouest de l’île. Nous passons devant l’aérodrome local

A l’arrivée, nous voyons une vallée avec quelques maisons noyées dans la verdure.

Nous descendons à terre sans tarder, un quai nous facilite l’accès.

 

A la sortie du quai nous sommes accueillit comme il se doit :

Il règne une ambiance paisible de bout du monde. Les enfants tout fiers de leur savoir en anglais disent « Hello », « Hi » tout étonnés de voir Martial (qu’ils prennent pour un américain) leur réponds bonjour.

Les jardins regorgent de fruits et de fleurs.

Le lendemain nous avons un programme chargé.

Nous partons pour une petite ballade jusqu’à la cascade de Vaiea.
J’entends certains dire encore une cascade! Mais ils ne savent pas que nous comptons écrire le « guide des cascades du monde » J

En traversant le village, nous entendons des bruits de choc, nous nous penchons pour essayer de voir l’origine de ces coups…et nous sommes invités à nous rapprocher.

C’est un couple qui bat la « bourre » de la noix de coco, pour n’en garder que la fibre.

Ils font des petits fagots de ces fibres, qu’ils vendent. Cette fibre sera transformée en corde très spéciale, celle qui tient la peau des tambours (si populaires en Polynésie)…c’est du boulot ! Demandez à Martial…

La ballade est facile et agréable si ce n’est la boue qui colle à nos chaussures et dont nous avons du mal à nous défaire.

La cascade est bien rafraichissante, mais une horde de moustiques la défendent.

A la sortie de l’eau, il y eu une course de vitesse entre se sécher, se changer et mettre de la bombe anti moustiques. Nous apprendrons plus tard qu’il faut faire du feu avec de la bourre de coco (ça sert à tout ici), les moustiques n’aiment pas la fumée.

Nous nous dépêchons de redescendre, car nous avons réservé chez Ti’Pierrot, « le meilleur resto de toutes les Marquises » (merci aux Suricat pour l’info).

C’est un couple Franco-Marquisien, qui a accepté de nous recevoir alors qu’ils avaient déjà une grande table d’une dizaine de personnes. Et nous n’avons pas été déçus, loin de là. Duo de tazard (tazard fumé maison (!) avec une petite sauce citronnée, tournedos de tazard frais), lasagne de légumes et frites de rutu (= fruit à pain), nous nous sommes régalés, c’est digne de tables étoilées.

Le repas se passe chez lui, sur sa terrasse. Les murs sont tapissés de souvenirs. Ancien cuisinier de la marine, il a beaucoup voyagé sur la Jeanne d’Arc. Malgré la grande table voisine(le proviseur du collège de Ua Pou qui a finit son contrat et rentre en France, la mort dans l’âme.) Ti’Pierrot prend le temps de venir nous parler de ses voyages, de ses enfants, de sa vie … Une belle rencontre et un très bon repas. Et en prime, ils nos offrent un accès internet (qui ne marche pas ce jour là L) et un gros sac de pamplemousses ! Ils savent rendre heureux les navigateurs ! Un grand merci à tous les deux.

De retour au bateau, la houle se fait sentir, et pour passer une nuit plus tranquille nous partons nous mouiller au sud de la pointe Panahu. Nous serons seuls, dans une baie déserte.

Le lendemain, faute de trouver un mouillage correct (au sud ouest de Ua Pou) et du wifi, nous partons pour Fakarava, atoll des Tuamotus, changement de monde…à suivre….

74.NUKU HIVA

74

Nous sommes aux Marquises, l’archipel le plus au nord parmi les 5 archipels qui constituent la Polynésie. Ce sont des îles
aux structures volcaniques fortement érodées et qui offrent un paysage montagneux abrupt, constellé de vallées étroites aboutissant à des plages courtes aux eaux profondes. Les Marquises ne possèdent pas de barrière de corail. Nous quittons Hiva Oa vers 3h du matin (nous voulons être sûrs d’avoir de la marge et arriver de jour à Nuku Hiva). Au milieu de la traversée, Adrien hurle et au même moment nous sommes freinés brutalement : nous avons accroché une énorme nasse (probablement décrochée d’un parc à huitres). Nous sommes sous parasailor, et nous sommes passés de 8-9 nœuds à 2 nœuds en 2s ! Heureusement pour nous cette nasse a eu la bonne idée de se détacher toute seule et nous avons eu plus de peur que de mal. Nous pénétrons dans la baie profonde de Taiohaé au sud de Nuku Hiva vers 15h sans plus d’incidents.

Il y a en permanence une cinquantaine de bateaux mouillés dans la baie, malgré une houle qui entre parfois.

Nuku Hiva est la plus grande des îles marquisiennes et le chef lieux est Haiohae.

C’est là que mes hommes et Ylang resterons 2 mois. Je retourne remplir la caisse de bord, pendant qu’Adrien boucle son année scolaire et que Martial soigne toutes les petites blessures d’Ylang.

Au bout du quai il y a le snack d’Henri où ils ont mangé tous les jours : bon, pas cher et avec des sourires quotidiens Marquisiens.

Le snack est décoré de régimes de bananes et les gens qui ont consommé peuvent se servir à leur guise.

Adrien a mangé pratiquement tous les jours le même plat, d’où son surnom marquisien : « Mr Sashimi frites »

Henri fournit aussi un bon wifi et du coup son snack est le lieu de rencontre de tous les marins et de pas mal de locaux.

Bref un lieu où l’on se sent bien et incontournable à Nuku Hiva.

A notre arrivée nous retrouvons 2 connaissances :

-Nomadeus bateau rencontré à Joa Pessoa (Brésil) : Astrid et Jérôme avec leurs 2 filles. Elles ont fait leur année scolaire au collège de Nuku Hiva et qui entrainent Adrien un samedi après midi avec leur bande de copains. C’est Jérôme qui m’accompagnera à l’aéroport et en prime, il m’éclaire sur certaines facettes de la vie à Nuku Hiva.

-Jean Paul O, un copain de notre club de plongée de Nice, est sur son bateau en Polynésie depuis 2 ans. C’était improbable que nous nous croisions, mais le hasard fait bien les choses parfois. Echanges d’apéros, il nous donnera aussi pleins de tuyaux sur la navigation en Polynésie.

Nuku Hiva est ravitaillé comme toutes les îles des Marquises par le Taporo et l’Aranui qui passent toutes les 3 semaines. Mais du fait de sa grande baie, Taiohaé reçoit aussi des bateaux de croisière qui débarquent pour un jour ou deux des flots de touristes. Ce jour là il y a des animations, des danses sur le quai.

Et juste à la sortie du quai un grand marché artisanal

Avec son fabricant de ukulélés qui attire l’attention en jouant son meilleur récital, (il y a un instrument dans ses accompagnateurs qu’ils devraient breveter… J )

La petite ville est tirée à 4 épingles, tout y est propre et soigné.

La poste

L’entrée de l’église

 

En bord de mer un ancien centre de vie a été réhabilité, avec un mélange de statues offertes par des artistes contemporains, et de tikis d’origine.

Et un lieu d’habitation reconstitué

Nous avons loué une voiture pour visiter l’île. La route s’élève rapidement au dessus de la baie.

Nous nous dirigeons vers la baie du contrôleur à l’est de Taiohaé

Au fond de cette baie se trouve le village de Taipivai où se réfugia l’écrivain Hermann Melville (après avoir déserté son bateau). Il réussit à se faire adopter par les farouches Taipi et de cette expérience hors du commun il écrivit son roman Taïpi.

Nous traversons ensuite l’île vers le nord, direction Hatiheu. Passage d’un col sur une route tortueuse et caillouteuse, et juste après une vue magnifique sur la baie d’Hatiheu.

Un petit peu avant d’arriver au village la route traverse un site archéologique. A la descente de voiture une délicieuse odeur d’Ylang Ylang nous accueille. J’ai du mal à reconnaitre les arbres : ici ils sont sauvages et peuvent pousser en hauteur (contrairement à Mayotte où on les taille pour qu’ils restent accessibles à hauteur d’hommes).

Nous sommes dans un lieu très luxuriant, qui a été le lieu le plus habité de l’île.

Il y a de nombreux Pae pae : ce sont des plateformes composées de blocs rocheux, à 2 niveaux, sur laquelle étaient construites les anciennes habitations marquisiennes. L’avant était utilisé pour les activités quotidiennes, l’arrière surélevé, couvert servait de lieu de couchage.

Certaines ont été reconstruites à l’identique : le toit était réalisé à partir de palmes de cocotiers, les façades en feuilles (arbre à pain) et l’ensemble était soutenu par des poteaux en bois.

Les marquisiens avaient des techniques pour conserver la pulpe des fruits à pain jusqu’à un an ! pratique en cas de disette. Ils construisaient des genres de puits entourés de pierres où ils enfouissent le fruit à pain en vue de temps plus durs.

Nous suivons une petite piste qui nous emmène à des pétroglyphes. Leur signification n’est pas clairement établie. Ce sont des gravures sur une roche, mais très rudimentaires…eux qui étaient des grands sculpteurs, qui réalisaient des Tikis élaborés…. J’ai une théorie : c’était les débutants, les enfants de moins de 5 ans et les manchots qui réalisaient ces pétroglyphes. J

En redescendant nous passons par un Meae espace sacré et tapu (interdit) où se déroulaient les rituels. Seuls les prêtres et les chefs y ont accès. Il est généralement situé à coté d’un banian, l’arbre sacré.

Nous arrivons ensuite devant un Tohua : esplanade où se déroulaient les fêtes et les cérémonies publiques, comme les danses.

 

Apparemment il s’est déroulé dans cet endroit des fêtes qui ont réunit des milliers de marquisiens, venant des autres vallées et même d’autres îles !

 

Nous avons entendu un guide qui expliquait devant des roches creusées pour retenir l’eau, qu’à l’époque cela leur servait de miroir et donc qu’ils pouvaient admirer leurs tatouages dans cette eau.

Nous avons vu plusieurs fois des trous ronds dans des roches…dommage pas de guide dans les parages, je suppose donc qu’ils faisaient bruler des substances pour s’éclairer ou pour parfumer.

Nous continuons notre route vers le village de Hatiheu. Village de charme avec à l’ouest des pics basaltiques aux allures de château fort. Sur l’un d’eux, à 300m d’altitude une vierge a été hissée en 1872.

Juste à coté de l’église, c’est « chez Yvonne » dans le seul restaurant du coin que nous déjeunerons. Le repas est excellent sur une jolie terrasse sur le front de mer d’où nous pouvons admirer des morceaux de vie marquisiens.

En prime nous avons eu la chance d’avoir la patronne qui est venue s’assoir à notre table pour parler : elle est née ici et « aime sa vallée tranquille ». La vie n’est pas toujours simple, « le transport coute aussi cher que les marchandises », mais on la sent heureuse d’être là. Elle a refusé une offre de promoteur qui voulait monter un complexe hôtelier pour 300 pers. Je m’étonne : comment faire venir ici 300 pers. toutes les semaines? Mais elle n’est pas dupe Yvonne, ils veulent juste faire de la défiscalisation et ne pas assumer le projet après !

Nous apprendrons par la suite qu’Yvonne est une des personnalités de l’île, et c’est grâce à des gens comme elle que nous pouvons admirer des paysages encore vierges.

Nous reprenons notre route le long de la cote nord de Nuku Hiva.

Nous passons de crique en crique avec des points de vue tous magnifiques.

Jusqu’au village d’Aakapa… cadre naturel superbe avec ses pics acérés.

Impression de bout du monde. Nous croisons pas mal de séchoirs à coprah, seule ressource visible du village.

Le coprah est le résidu sec de la matière blanche qui tapisse l’intérieur de la noix de coco. Riche en matières grasses végétales, il est régulièrement collecté et acheminé jusqu’à Papeete. Là il est broyé, chauffé, pressé et raffiné dans une huilerie, et il est ensuite vendu à des industries alimentaires et cosmétiques. L’exploitation du coprah est relativement récente (1860) et constitue une activité économique essentielle dans de nombreux atolls et îles de Polynésie.

La piste entre Hatiheu et Aakapa est une piste praticable en 4×4 avec même des sections cimentées. Mais à partir de là, jusqu’à l’aéroport au nord ouest de l’île, elle devient cahoteuse difficile par endroits.

Nous avons même dû traverser une rivière en voiture.

Adrien dans la voiture : Papa t’es en 4×4 là ? Ouiii ?!! t’as pas le 5×5 parce que là…

La zone est déserte, avec des paysages époustouflants, alternant des baies, des pics et des plateaux où nous cheminons dans un couloir d’herbes sauvages. Mais après un orage nous ne sommes pas mécontents de retrouver la route cimentée de l’aéroport.

Le retour au bateau passe par le plateau de Toovii. C’est un vaste plateau planté de conifères et de résineux, avec des prairies où paissent des bovins, des nappes de brouillard…on pourrait se croire en Savoie !

Les animaux sont en liberté et les sorties de virages sont parfois surprenantes : s’il te plait, tu nous laisse passer ? il a finit par accepter… J

 

Euh !! là on ne discute pas on passe…

Retour sur Ylang, fatigués mais la tête pleine d’images époustouflantes et tellement différentes.

Deux jours plus tard, nous partons avec Ylang pour la baie au sud est de Taiohaé : Hakaui. Le matin nous voyons arriver Oboé d’Amor, bateau avec lequel nous avons passé 8 jours aux Galapagos. Petit blabla, repas chez Henri et nous voilà partis. Après une heure de navigation tranquille nous arrivons dans une baie…bondée. Là où nous pensions trouver 2-3 bateaux, nous sommes 17 !! obligés de se mouiller devant la plage où nous nous ferons dévorer par les nonos.

Vue coté pile, vue coté face…l’angle de vue change tout J.

La vallée d’Hakaui n’est accessible qu’en bateau, et il y a une ballade en remontant la rivière jusqu’à la cascade de Vaipo.(qui parait-il est la 3ieme plus grande cascade du monde !)

Dès le lendemain nous partons pour la ballade, mais il pleut de plus en plus et après une bonne douche nous battons en retraite.

Heureusement le temps pluvieux ne dure jamais longtemps et c’est sous le soleil que nous ferons cette ballade le jour suivant.

Nous avons décidé de passer directement avec l’anexe dans l’embouchure de la rivière, mais c’était un mauvaise idée car la marée est basse et mes hommes ont galèré pour mettre l’anexe en lieu sûr.

 

 

 

Nous suivons une vallée qui est plantée de toutes sortes d’arbres fruitiers et une rivière d’eau douce et fraiche coule en permanence.

Nous remontons dans une végétation dense, et traversons plusieurs fois la rivière.

Après 2h de marche nous arrivons dans une sorte de couloir, impressionnant.

Et au fond du couloir J la cascade Vaipo haute de 350m.

La cascade a creusé dans la roche verticalement une sorte de gouttière et se retrouve en partie cachée ! mais surtout il y a dans le bassin un groupe d’une quinzaine d’américains qui hurlent. Nous ne mettrons pas un pied dans l’eau et nous enchainons la descente.

En bas de la vallée habitent une quinzaine de personnes dont une seule famille. C’est chez eux que nous mangerons, Kua faisant des repas de temps en temps pour les touristes. Nous arrivons vers 14h après un premier groupe d’américains. Du coup après le repas nous pouvons discuter avec Kua et Teiki.

Ils sont agriculteurs, ont repris un terrain de famille et même si c’est pas toujours simple, ils préfèrent cette vie à celle qu’ils vivaient avant (A Taiohaé, avec des boulots « classiques »). Nous leur acheterons des citrons, papayes, pamplemousses (délicieux), …mais d’une variété étrange J.

Matio leur fils est là :on est en vacances scolaires (il va à l’école à Taiohaé et rentre chez ses grands parents, la semaine). Le courant passe entre Matio et Adrien et le rdv est pris pour le lendemain matin , Adrien avec son skimboard et Matio avec son surf. Les enfants s’éclatent pendant que nous sur la plage nous nous faisons dévorer par les nonos.

Après un bain dans la rivière des enfants pour se dessaler, Kua nous entraine , elle veut nous montrer un documentaire sur son frère. Elle a un ordinateur qu’elle peut mettre en charge grâce à des panneaux solaires( Jean Paul O leur a laissé ses anciens panneaux). Son fère est le chanteur et fondateur du groupe Takanini. Ils ont eu le prix des meilleurs chanteurs de Polynésie. Le son est un mélange de reggae et de musique tahitienne. A travers ses chansons, il parle du mal être marquisien/polynésien, de leur recherche d’identité. Et pour appuyer leur propos, il y a des interviews, avec des personnes que nous avons rencontré : Henri, Yvonne et d’autres rencontrés chez Henri. Grâce à ce petit film nous comprenons mieux certaines tensions, même si la gentillesse des gens les masquent.

Nous lui achèterons un CD et un Tshirt de Takanini.

 

Le poste qui coute le plus à Kua et Teiki est le transport de leurs fruits et de leur coprah à Taiohaé (d’où l’Aranui et le Taporo les goélettes les chargent et les transportent jusqu’à Tahiti).

J’aurais adoré leur donner un coup de main, en leur faisant un transport avec Ylang, mais les nonos (sorte de petite mouche qui pique comme un moustique) ont eu raison de mes bonnes intentions. Les 3 nuits suivantes notre weekend à Hakaui, nous aurons du mal à dormir avec plusieurs dizaines de piqures, malgré les anti histaminiques !!

Nous allons reprendre notre route, Ylang (et Martial) piaffe d’impatience. Un dernier repas chez Henri, (où Henri nous offre un régime de bananes, comme cadeau d’aurevoir), où chacun nous dira un très gentil adieu.

Merci à tous ces marquisiens de nous avoir fait aimer leur île.

73. TRANSPAC ET HIVA OA

Nous avons mis 18.5 jours pour la transpac (transpacifique pour les voileux) Galapagos-Hiva Oa. C’est une moyenne correcte sachant que les 5 premiers jours nous n’avons pas eu de vent, et un nœud de courant contre. Nous avons même eu une nuit et une matinée de brouillard qui a rendu l’équipage nerveux et humide. Au bout de 5 jours, le vent et la houle de travers sont arrivés, le parasailor est hissé. Là nous avancions (surfs à 14/15 nœuds avec des journées à plus de 200 milles), mais la forte houle (4 à 5 m) nous rendait la vie dure. Petit à petit le vent est passé plus arrière, la houle s’est calmée et la deuxième partie du voyage a été confortable avec des moyennes journalières de 160 à 190 milles.

Les premiers jours nous croisons de loin quelques pêcheurs (de l’Equateur à plus de 1000 miles de chez eux !)

Le 3ieme jour nous sommes plus proches d’un groupe et nous les voyons se diriger vers nous avec une de leur barque.

Le temps qu’ils arrivent c’est la tempête dans nos têtes, mélange de frayeur occidentale (pourtant on ne lit plus les journaux depuis longtempsJ) et de curiosité. Ils sont en fait adorables, nous demandent (en nous mimant la toux et le mal de gorges parfaitement !) des médicaments pour un de leur collègue.

Nous leur offrons en prime un pack de bières, nous nous prenons mutuellement en photo et chacun continu sa route.

Après cette rencontre, nous ne croiserons plus aucun bateau jusqu’à l’arrivée. Nous avons eu l’impression de traverser un grand désert : pas de poisson au bout de la ligne, très peu d’oiseaux et de poissons volants par rapport à l’Atlantique. Les seuls que nous avons croisés sont des petits oiseaux, des Océanites de Wilson qui semblent marcher sur l’eau, ils cherchent leur nourriture à la vue et à l’odorat. A part le moment où ils nichent, ils vivent en pleine mer, malgré leur toute petite taille (15 à 19cm ) !!

 

Nous arrivons de nuit à Hiva Oa, le feu d’atterrissage ne marchant pas ( ?!) nous nous mouillons sur une plage accessible à coté du mouillage-port. Ca y est ! on y est en Polynésie, mais pour l’instant on ne réalise pas, nous ne voyons pas grand-chose (il est 22h quand nous jetons l’ancre), mais nous avons été accueillit par une délicieuse odeur de terre, de fleurs et de fruits trop murs.

Au lever du jour je me lève, impatiente de voir le paysage, et je reste scotchée, bouche bée !

 

 

Martial déjà d’une nature peu bavarde, finit par lâcher « en plus c’est propre !!». Les ordures omniprésentes au Panama sont encore dans nos têtes. Pendant notre petit déjeuner un cheval, monté sans selle passe le long de la plage. Là on y est !! c’est bien l’île de Jacques Brel « belle à crever », sauvage et tranquille.

Le temps est calme et beau, mais nous ne sommes pas abrités (mouillage n°1 sur la carte), nous nous déplaçons donc dans le port abri (mouillage 2)

 

 

 

Nous avons l’impression de rentrer dans un écrin de verdure.

Nous avons des fourmis dans les jambes après tous ces jours de mer et nous ne tardons pas à descendre à terre.

 

 

 

C’est dimanche et il n’y a pas grand monde.

Le port est à 20 bonnes minutes à pied d’Atunoa la petite ville principale d’Hiva Oa. Nous nous perdons un peu à travers les maisons et les routes. Il y a des fleurs partout.

Les maisons ne sont pas pour la plupart riches, mais elles sont souvent décorées avec gout, partout on voit des pamplemousses, citrons, bananes… pour moi qui suis fructivore, cela ressemble au paradis.

Une autre chose qui me frappe : ici les poules et les coqs vivent en liberté, ils n’appartiennent à personne ou plutôt à tout le monde (quand quelqu’un un veut un, il se sert !en prenant soin de laisser en vie les reproducteurs). Et la citadine que je suis, découvre que les poules en liberté volent !! Oh bien sûr rien à voir avec les vols des fous à pattes bleues des Galápagos, mais elles sont capables de voler une bonne minute à 3m de haut et aller se réfugier dans les arbres !

Les arrêts de bus sont à l’image des maisons : simples et beaux.

Nous faisons un petit détour pour rendre visite aux deux personnalités de l’île.

 

Là aussi c’est touchant de simplicité : pas de barrière autour du cimetière, pas de gardien, pas de guide à payer et on nous remercie même de notre visite !

Impression d’avoir changé de monde…Nous sommes bien aux Marquises !

Nous descendons vers la petite ville complètement désertée en ce dimanche.

Nous finirons par trouver un restaurant où nous nous régalons d’une cuisine, raffinée et exotique.

En rentrant au bateau, nous assistons aux entrainements de pirogues, le sport national en Polynésie.

C’est un sport pris très au sérieux avec des championnats inter îles qui passionnent les foules, font la une des journaux locaux.

Le soir, le Taporo se « faufile » entre les voiliers (2 autres sont arrivés) et la digue alors qu’il fait nuit noire… manœuvre impressionnante.

Ils sont 2 cargos à venir toutes les 3 semaines sur l’île pour la ravitailler.

Le lendemain, nous allons déclarer notre arrivée à la gendarmerie : c’est facile, gratuit et rapide. Là aussi cela nous change.

Ensuite nous visitons le musée Gauguin.

Je savais qu’il avait eu une vie difficile, qu’il est mort pauvre et malade, mais je ne savais pas que ses premières œuvres étaient sur la vie bretonne. Et dire que ses peintures se vendent à plusieurs dizaines de millions aujourd’hui !

A la sortie du petit musée, la maison de Gauguin (qu’il appelait « la maison du jouir») à été reconstruite à son emplacement exact.

La porte d’entrée est encadrée par deux maximes

A l’intérieur pas grand-chose à part une statue du peintre façon musée Grévin.

 

 

Nous traversons le jardin et nous entrons dans un hangar consacré à Brel.

Un fond sonore de ses chansons tourne en boucle. Tout le long des murs des panneaux qui évoquent sa vie. Il y avait bien sûr des moments de sa vie de célébrité mais aussi la fin de sa vie à Hiva Oa. Il avait choisit cette ile car ses habitants n’étaient pas au courant de sa célébrité. Il vivait dans une maison toute simple, aimait cuisiner, inviter le postier avec qui il s’était lié d’amitié.

Il y avait Jojo son avion, avec lequel il se rendait régulièrement à Papeete et ramenait des médicaments pour tous les habitants.

Il organisait des projections de films sur un mur blanc du village… il se sentait utile pour tous ces gens simples.

C’est vrai qu’elle est très belle cette île.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lendemain nous louons une voiture pour mieux la découvrir. Nous commençons par rendre visite à un petit « tiki souriant » …apparemment le seul qui se marre de toute la Polynésie !

Nous traversons ensuite l’île

vers Hanaiapa

 

 

 

C’est un petit village dont les maisons ne sont pas riches mais où tout est fleuri, propre et très agréable : nous

sommes sous le charme.

 


La route qui suit une rivière débouche sur une baie, où grâce à la houle nous admirons un souffleur.

Puis nous nous dirigeons vers Puamau pour rendre visite au plus grand Tiki de Polynésie. Et c’est à partir de là que la route se complique : elle n’est plus goudronnée, mais surtout elle zigzag à flanc de colline.

Pourvu que les freins ne lâchent pas !!

 

 

Mais elle nous fait découvrir des paysages magnifiques.

A couper le souffle…

 

 

 

 

Avec des rencontres furtives : ici les chèvres sont sauvages et chassées alors elles courent vite…

nous arrivons à l’heure du repas à Puamau, et tout est désert…nous partons donc visiter le site historique.

C’est un sanctuaire religieux qui s’organise en deux grandes terrasses qui remonterait au XVIII siècle. La principale attraction du lieu sont 5 Tikis monumentaux. Les Tikis sont des statues taillées dans des blocs de basalte (ceux taillés dans du bois ont disparus) avec des visages humains, d’aspect énigmatique. Jambes courtes et fléchis, coudes serrés, bouche démesurée et avec des yeux représentés par de grands cercles, ils sont en général implantés sur ou à proximité d’un site religieux.

Le « tiki couché » représenterait une femme couchée …peut être en couches disent les spécialistes ! Je reste pensive…pour moi cette sculpture tient plus de la grenouille que de la femme enceinte, mais voilà je ne suis pas spécialisteJ. Un peu plus loin Takaii (nom d’un chef guerrier réputé pour sa force) le tiki le plus grand de Polynésie : 2.67m.

Et derrière lui un tiki assis : les spécialistes (toujours eux !) pensent que c’est l’épouse de Takaii (là ils ne se sont pas trop creusés !)

Quand le site a été découvert les statues gisaient sur le sol et elles ont été remises à leur place avec des portiques et des palans. J’ai du mal à imaginer, la vie de l’époque, la mise en place de ce site, les rites religieux, les sacrifices humains, les croyances, etc…

Le retour se fait par la même piste et 2h plus tard nous sommes à Atuona aussi fatigués que si nous avions roulé toute une journée, mais la tête pleine de paysages magnifiques.

Le lendemain nous quittons Atuona pour Hanamenu au nord ouest de l’île, nous nous préparons à quitter Hiva Oa direction Nuku Hiva.